Duduk

lien vers une musique à écouter en lisant :

 Duduk

 

Duduk

Pleure, pleure, petite flûte de bois
Pleure sous la neige qui tombe
Pleure dans le froid qui crie
Sur nos peaux, sous nos ongles
Pleure la folie sauvage qui nous arrache des rêves
Pleure la haine imbécile qui a salé nos plaies
Qui a jeté l’acide sur nos ecchymoses
Pleure l’homme qui tombe sous les balles d’un autre
Qui vient tâcher la neige de son sang éclatant
En criant vers le ciel « je suis innocent »

Pleure, petite flûte, pleure encore une fois
La femme qui accouche d’un enfant timide
D’un enfant qui grandit et qui devient un homme
Homme de ferraille aux rugissements de monstre
Pauvre, pauvre femme qui mouille sa robe blanche
Avec l’eau des torrents qui sortent de son corps
Et avec l’eau des larmes qui creusent ses pommettes

Pleure, petit bout de bois mort, sous les doigts de celui qui te redonne vie
Sous le vent de celui qui t’insuffle l’amour
Dresse tous les poils de tous les bras autour
Avec ta vérité insolente et triste qui crève nos boucliers
Avec ta vérité que tu arbores telle un drapeau de paix,
Et de calme,
Enfin retrouvé

Pleure pour nous tous, petit roseau fragile
Qui tremble au bruit des bottes
Remord d’abricot
Petite flûte enchantée du charme des fées
Petit bout de lignine qui veille sur nos charniers
Éclat de pure beauté face aux horreurs d’acier

Publicités

Des hommes à la mer

Des hommes à la mer

Saluons-les ces capitaines de navires
rouillés qui ont
mouillé
nos côtes nous les ont chatouillé s’y sont
frotté les flancs jusqu’à sentir venir la lave du fond de leur cales
remonter en jets irisés
irritants éructant toujours plus avant vers les
criques
ces héros de tous bords de toutes berges
au ventre vide au regard plein de rides déambulant sur le pont glissant sous leur pelisse humide
traînant du mazout dans leurs soutes depuis le 15 août
dernier
à bout
de force mais féroces toujours
solides solidaires tant que la mer les tient
ces équipages otages qui sabordent la saison
des plagistes bagagistes et des juillettistes en location
tous ces
marins qui bouffent de la morue depuis Riga sur l’Erika
sur des bateaux-baleines hors d’haleine
qui dégueulent leurs tripes noires dans la bouche de
la Loire
tous ces
mêmes marins qui calanchent en cale sèche à Calais
épais comme des galettes avec rien pour tenir que du sel au palais
quand les armateurs arraisonnés jettent leurs armes
et disparaissent dans une lame
de fond
Saluons-les et finissons-en avec ces galions cette galère des mers
que ce soit sur une simple ou une double coque
de noix
leur misère est aussi dégueulasse
que la marée qui passe

À tout

À tout prendre
mieux vaut encore se pendre
que de continuer là
dans l’ombre
à compter sur nos doigts
le nombre
de jours qu’il nous reste
le nombre
d’heures à attendre en silence
dans l’angoisse des sens
et à se mor
fondre
et à se con
fondre
et à se fondre dans les murs

À tout prendre
mieux vaut encore se rendre
que de renier nos frères
que d’oublier hier
que de faire les fiers
face à nos erreurs
et face à nos peurs

On se ronge les ongles
on se terre dans les angles
pour faire taire nos remords
la honte de notre sort
la honte de n’avoir pas pu
se montrer assez forts
le crime d’avoir vécu
sur le corps de nos morts

À tout prendre
mieux vaut encore la fin
que d’espérer sans cesse les mêmes lendemains
qui chantent faux
qui sonnent sous la faux
qui nous lancent nos défauts
en travers du cœur
À tout prendre
mieux vaut encore qu’on meurt

Bestiaire

Bestiaire

On fait ce qu’on peut, on n’est pas des bœufs
On y met les formes, on fait d’ notre mieux
On est dans les clous, on fait de belles phrases
On s’applique en tout, on est dans la case

Qui vivra verra, on n’est pas des rats
On ouvre la porte pour qui entrera
On garde une part pour le pauvre au soir
Un coup de pied au cul, pour le canard noir

On est des gens bien, on n’est pas des chiens
Si tu nous nourris, on ne mord pas ta main
On met une cravate et de hauts talons
Un coup de cravache sur nos étalons

Croyez-le bien on n’est pas des pigeons
On a bien compris que si nous changeons
Notre fusil d’épaule à chaque ball-trap
On n’s’aura plus d’où est venue la frappe

Même si on s’émeut, on n’sera pas chèvre
Chaque fois qu’un bouc bougera les lèvres
Chaque fois qu’une pie port’ra un diamant
Nous ne sommes pas nés du dernier coup d’vent

Et si le vent tourne, on n’est pas si vaches
On n’ira pas dire qui a été lâche
On n’pavanera pas, on n’f’ra pas les coqs
À chaque hirondelle, une nouvelle époque