A la mer

A la mer

Comme dans les salines
Comme sous le vent des roses
Comme quand ça crisse sous les pieds
Comme dans le cri riant des mouettes

Comme un jour blanc, dans le sel blanc, sous tes doigts blancs
Comme un exode de palourdes
Comme on s’éloigne de la dune
Comme sur ta joue fraîche et piquante

Comme ce jour là où l’on se dit comme on est bien
Où l’on se dit y’a rien à faire, y’a rien à dire
Juste gober l’huître et l’embrun
Comme on est bien à même l’écorce

Comme ce jour là tout recommence
Le ressac vide la mer des sacs
Qui s’échouent écume de plastique
Tu mouilles ton pied dans une flaque

L’ouest nous fouette par rafale
On s’affale
A même la croûte de silice
Le temps s’arrête le temps d’une vague

Le soleil penche et c’est tant mieux
Je te regarde
Comme au travers le creux des mains
J’entends la mer dans tes yeux

Baudruche

baudruche

ça y est, il a éclaté, il fallait bien que ça arrive !
je t’avais pourtant dit que mon cœur était un ballon de baudruche
je l’avais jusqu’alors préservé des piquants de ta ruche
tu as trop joué avec, tu l’as trop malmené, et paf, il s’est crevé !
il a du se percer, tu m’envoies tant de piques !
pffuit !
oh le drôle de bruit, as-tu dit ! qu’est ce qui peut siffler comme ça ?
qu’est ce qui peut se dégonfler en tournoyant vainement,
comme une feuille morte contre le vent ?
c’est mon cœur, mon cœur
déjà, depuis hier, il avait manqué d’air,
il se ratatinait, se ridait curieusement
déjà, j’avais senti qu’il tanguait doucement
il avait rétréci, s’était tuméfié, je m’étais méfiée
et ça y est !
crois-tu qu’il est mort ? crois-tu qu’il pourra aimer encore ?
peut-être que si tu soufflais dedans
il retrouverait son battant ? son allant ? son air chantant ?
tu pourrais regonfler une bulle de sentiments ?
ooh ! Souffle moi donc dedans !
que vas-tu faire de moi maintenant ?
j’ai beau lever les bras vers toi, pour t’étreindre,
rien ! il ne se passe plus rien, et je ne peux plus que feindre
de t’enlacer
mais le cœur n’y est plus, il n’est plus qu’une poche vide
un petit sac translucide
exsangue sur le sol
stoppé net en plein vol
un avorton de coeur qui est crevé et crève
un rêve
et dire qu’hier encore tu t’y accrochais, à cette montgolfière,
et tu volais si haut, et tu quittais la terre !
fallait faire attention, fallait pas regarder en arrière
mais toi et tes lubies, et maintenant, que faire ?
ah oui, j’ai l’air maligne sans rien qui porte ma voix,
sans rien qui guide mes pas
mon cœur comme un trognon va se décomposer
sur le tas de fumier où pousse tes courgettes
il t’a bien amusé, et pendant tant d’années, et maintenant, tu le jettes
aux oubliettes

Soufiane

Soufiane

Marche
mets un pied devant l’autre
marche
marche contre le vent avant
marche poussé par le vent arrière
marche vers la nuit qui arrive
marche vers le jour qui s’allume
marche vers le nord, marche vers le sud
marche où bon te semble
il n’y a pas de frontières
dans un monde de frères
il n’y a pas de limites, pas de c’est trop loin, pas de c’est trop dur
pas de à quoi bon, ni de laisse tomber
il n’y a pas d’immigrés dans un monde de frères
il n’y a pas d’étranger puisqu’on est du même sang
il n’y pas de mystère dans nos langues qui se lient
se délient
se libèrent de leurs chaînes
et se mélangent enfin
au creux de nos bouches juteuses du suc des mêmes fruits
marche vers ton prochain, ton pareil, ton intime
chaque pas est un coup de pied
dans les murs des états
qui peut te dire vas ici ?
qui peut t’obliger à rester où tu es ?
puisque nous avons tous de la boue sous nos chaussures
de la boue qui contient les fragments des squelettes
de nos aïeux communs, de ceux qui ont marché eux aussi, sans relâche
jusqu’à aujourd’hui
bien malin celui qui veut arrêter ton errance
il se coupe lui-même les pieds !
bien malin celui qui dit ne bouge pas !
nous sommes tous un seul corps avec deux jambes immenses
qui couvrent la Terre entière d’un seul pas
marche et avance loin, vers la vie qui va bien
vers la vie qui tient en entrain
marche,
et donne-moi la main