La Blanche

La blanche

Colombe, colombe, colombe
Colombe du fumier
Colombe à chewing-gum
Colombe sur le trottoir
Tu grisonnes déjà, toi pourtant si candide
Ta blancheur n’éclate plus sur le goudron qui brille
Colombe des boulevards
Colombe de cauchemar
Où as-tu marchandé ton hymen de dentelle ?
Dans quel bouge immonde t’es-tu laissée plumer ?
Ta poitrine pigeonnante pend de ton décolleté
Et ta parure de marbre traîne dans la fange
Qu’as-tu fait de nos vœux, nos bonnes résolutions ?
As-tu troqué la paix cachée dans ton écrin
Contre trois grains de blé sur le marché aux poules ?
As-tu joué l’espoir dans un tripot miteux
Contre une nuit de sexe et dix grammes de poudre ?

Où es-tu maintenant que le ciel te réclame ?
Où es-tu quand la terre bascule dans le chaos ?
Où est ton chaud duvet de ouate immaculée ?
Tu nous as lâché. Tu nous laisses crever. Toi déjà moribonde. Toi au pied de ta tombe.
Pauvre enfant de la bombe.
Colombe.

Colombe, colombe, colombe !
Arrête donc la blanche, tout est perdu maintenant, tout vire au rouge sang !
C’est fichu, détraqué, y’a plus rien qui répond
Plus de place pour la paix dans un monde de fric
Quand tu déploies tes ailes au-dessus de l’Asie
Tu picores l’Amérique
Tu pisses sur l’Europe
Et tu chies sur l’Afrique !

Poisson Guitare

Poisson Guitare

Tu es un poisson guitare
On ne te trouve que par les fonds
Où les requins sont tous de quart
Et où les raies tournent en rond

Mardi je t’ai vu sur une crête
Sortir tes ouïes d’une déferlante
Tu m’as fait un sacré effet
Tu m’as parlé une drôle de langue

Des mots qui sentent le reflux
Et qui te moussent au coin des lèvres
Un idiome de clapots sous l’évent
Qui se démonte au moindre vent

C’est vrai, je n’ai pas tout compris
A ce dialecte de murène
Et je n’ai pas cédé non plus
A ta rengaine de sirène

Peut-être aurais-je dû te suivre
Dans les bas-fonds où tu patrouilles
Peut-être aurais-je dû délaisser
L’air rassurant chargé de rouille
De mon escale

Toi,
Django volant de cartilage
Sur le trident fier de Neptune
Toi qui sort vainqueur de la nasse
Et qui m’enivre de tes effluves

On se verra samedi soir
Si tu remontes le mascaret
Fais bien sonner de ta guitare
Quand tu écumes les cabarets
Je serai là, je t’attendrai