La Révolution Numérique

La Révolution Numérique

 

Difficile de marcher sur les fils de la toile
Sans trébucher jamais ni perdre son chemin
Difficile d’aimer, ardu de s’émouvoir
A l’encontre d’un être fait de zéros et d’uns

Peut-on faire passer le sentiment féroce
Au travers le chas étroit de la souris ?
Peut-on espérer jouir d’un bonheur palpable
Au travers les fissures froides du pixel ?

Rien ne vaudra l’étreinte d’un corps contre le notre
Ni la sensation rude du cal de nos mains
Surtout pas les mots creux qu’on lit sans conviction
Et qui ne veulent bien dire que ce qu’ils nous affichent

Demain, s’il faut faire lever les travailleurs
En criant des slogans par l’écho de la fibre
Pourrons-nous faire trembler les tueurs de nos rêves
En brandissant pour arme des octets acérés ?

Pourra-t-on sur le fil d’une toile de soie
Asseoir les fondements d’une existence plus juste ?
Saura-t-on se sortir du labyrinthe virtuel
Sans y laisser mourir nos idéaux profonds ?

Allons, risquons l’espoir d’un renouveau des luttes
Dans l’immédiat des posts et l’éclair des courriels
Mais gardons sous le coude la trique et le gourdin
Car l’ennemi est vaillant et bardé de médailles
Il a l’art du discours et il mange ses chiens

 

 

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La veillée

La veillée

 

Les femmes tout comme les hommes se tiennent près du feu
Agenouillées et calmes aux rayons de Vénus
Tout comme les hommes elles parlent d’un passé merveilleux
Avec des mots sonores en buvant du thé russe

Elles évoquent leur enfance puis effleurent leurs amours
En levant haut le front et en fixant des yeux
Les hommes crédules qui s’abreuvent de leur discours
S’échappent de leur regard et bousculent le feu

Les femmes se rapprochent et s’étreignent parfois
Elles se touchent les mains et se lovent l’une en l’autre
Elles aiment à se sentir unies encore une fois
Comme lorsque telle une a accouché telle autre

Si les hommes s’excusent d’être assis trop près d’elles
Les femmes rient doucement et leur caressent la tête
Leur bienveillance s’éveille au désir charnel
Qui transpire des hommes comme une sueur coquette

Si belles elles se tiennent, comme les hommes si beaux,
Elles écossent les pois dans une jarre d’argile
Ils exhibent leur arme et tous leurs oripeaux
Tandis que la vie germe dans leur ventre nubile

Et quand le feu s’éteint, tout comme les hommes elles veillent
A ce qu’aucune braise ne le ravive la nuit
Elles marchent main dans la main pour cueillir le sommeil
Jusqu’à trouver abri dans le creux de leur lit

Quand Vénus est si loin que la nuit s’obscurcit
Les femmes tout comme les hommes cherchent un autre corps chaud
Elles chassent leurs vieilles peurs, les hommes les chassent aussi
Et ainsi ils s’endorment, si semblables et si beaux

 

A mort la senescence !

A mort la sénescence !

 

Laisse donc crever les vieux dans la fange
Ceux qui ne nous apporteront plus rien
Ceux qui ont juste été bons à nous aveugler
De la lumière de leur quotidien

Laisse donc brûler les bibliothèques
A l’heure bénie des wiki, les livres sont exaspérants
De précision de poésie
Futilité et mièvrerie

Voici venu le temps de la stabilité épidermique
Le temps des implantations et des transplantations
De l’éternité mortelle, de l’aplomb des statures
Pour l’équinoxe de septembre, botox intox du noble membre

En strass reverb et décalco, voici les beautés atomiques
Du siècle des porcs médiatiques
Qui enfin nous abreuvent du sang
Si fluide de nos enfants

Alors que faire de nos grands-pères
Qui crient rouge rage et brunes guerres ?
A la décharge ! Ils sont trop nazes, ils nous font honte et ils pèsent lourd
Dans nos déclarations d’amour

On ne va pas sortir le cash ni vendre le dernier plasma
Pour des vieilles peaux qui nous accusent
D’avoir bourré leur perfusion
De mort aux rats

Qu’ils nous les lâchent avec leurs veillées fraternelles
Autour d’un feu de châtaignier qu’aurait des odeurs d’éternel
Y’a plus le temps, y’a plus l’envie, y’a plus le besoin et y’a plus rien
Qui nous oblige coûte que coûte à les emmener au bout de la route

Alors laisse-les, une fois pour toutes, sous le cresson dans le fossé
Expirer leur dernière haleine qui pue les reproches refoulés
On ne s’embarrasse pas des aïeux, on les achève dans le mouroir
Puisque nous sommes des héros, nous avons peur des miroirs

 

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Pâques

Pâques

 

Sur l’île de Pâques, le vent te pique
La mer t’attaque au fond des criques
A quatre pattes contre l’air fou
Tes dents qui claquent comme tes genoux

Où sont les arbres et les oiseaux ?
Où sont les pies et les moineaux ?
Il n’y a rien qui fasse hauteur
Rien qui dépasse que ta grande peur

Quel est ce vide qui t’envahit
Quand tu regardes vers l’infini ?
Quel est ce doute qui t’accable
Et qui t’entraîne sous le sable ?

Tu pleures et flippes dans le désert
D’un bout de rocher dans la mer
Il n’y a rien, rien que le vent
Et les fientes de cormorans

Et ils se tiennent, droits ou penchés
Le nez dans l’herbe ou l’œil brisé
Et ils t’accusent, cornée saillante
Regard fier, bouche méprisante

Ils sont sublimes, même écrasés
Géants de lave froide et taillée
Et ils t’observent te débattre
De leur prunelle pure d’albâtre

Sur l’île de Pâques, au mois d’avril
Les Moaïs de leur œil tranquille
Veillent sur la dérive de ta vie
A l’ombre sévère des scories

195532-ori