Fleuve de vie

Pour la Loire et pour la gloire, je suis partie de bon matin
Œil vitreux et ventre plein, vers de plus glorieux espoirs
Car à bien y repenser, l’idée n’était pas si terrible
Et même carrément risible, d’ouvrir des portes enfoncées

Dans l’aube à l’odeur d’hellébore je nage radieuse vers l’inconnu
Cœur à ras bord et tête nue, ravir les souvenirs à la Mort
Hardi, matelot, marin d’eau douce ! Gare à tes carpes car je m’en viens !
Et dans le Styx je prends mon bain, bullant dans l’écume qui mousse !

Sur l’autre bord, la Mort qui crâne ne m’impressionne pas du tout
Avec sa robe de manitou et son squelette en filigrane
Je lui lance des regards lasers qui lui font danser la salsa
Elle n’est même pas si belle que ça, en bord de Loire, elle est amère

Je déambule sur la frontière entre ici-bas et au-delà
Je n’ai plus peur des aléas d’une vie au fond de la rivière
Et comme j’ai perdu le chemin qui mène au gave d’Oloron
Je préfère suivre le héron qui m’offre un nid jusqu’à demain

A califourchon sur la vague, je suis décidément vivante
Je sens à mes côtes mouvantes que je respire en pastenague
Sous leur paupière mes globes roulent et le cri des mouettes m’entête
Heureuse je laisse ma tête flotter, posée sur l’apaisante houle

Entre inspirer et expirer, c’est là que se tient l’existence
Le reste est une vague danse où l’on s’emmêle toujours les pieds
Tu es cendres et je suis cellules, tu te consumes, je sens le vent
Tu t’es dissoute dans le courant, sur moi se pose une libellule

Mais ces va-et-vient incessants entre la mort et puis la vie
Me donnent la nausée du roulis alors que le temps se suspend
Entre rive claire ou rive noire, je sais bien qu’il faudra choisir
Alors pour trouver du plaisir, je préfère rester dans la Loire
Car sans jamais n’en rien savoir on peut y vivre ou y mourir

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Les soldes

Accroupie sur l’accoudoir du fauteuil
Tu regardes pousser tes ongles de doigts de pied
La vie se déroule comme un rouleau de PQ
Qui dégringole les escaliers
Misère ! Demain c’est jour de soldes
Dans l’hyper centre aseptisé
Les fourmis blondes aux tignasses lisses
Vont reprendre leurs rondes crispées
Marre de la ville et de ses odeurs
Marre des écrans qui te regardent
Tu peux sentir au loin la forêt
Et ses lichens doux et craquants
Quand pourras-tu y retourner ?
Et ne plus jamais en partir ?
Quand enfin pourras-tu fourrager
Dans la toison d’un renard vivant ?
Ici pigeons variqueux et gobelets plastiques
Là-bas geais somptueux et source jaillie
Rien ne vaut davantage la peine
Que la matrice exquise des arbres
Et tes orteils aux ongles trop propres
Frémissent à l’idée de fouler
Mousse, feuilles, mousse, feuilles
Mousse, feuilles, mousse, feuilles
Jusqu’à la fin de l’éternité

leaves, water