Texte pour peinture : Marie R.

Marie R.  (peinture de Lamauss, à voir absolument ici)

Tu peux pas savoir à quel point tout ça m’épuise.
Mes collègues m’ont dit que je devrais prendre des jours pour me reposer. Mais je ne crois pas que ce soit une bonne idée. Au moins, au travail, je pense à autre chose. Enfin, j’essaie quoi.
L’autre jour, quand je suis arrivée dans sa chambre, c’est à peine si elle m’a regardée. Je ne sais même pas si elle a reconnu ma voix. Elle avait l’air tellement faible et petite sous le drap qu’on aurait dit qu’elle était…comme si elle était déjà partie.
J’ose même plus y aller avec les enfants. J’ai peur qu’elle les reconnaisse pas. Je veux pas qu’ils gardent ce souvenir là.
Tu vois ce qui me fout en l’air c’est de voir ce qu’elle est devenue, quand tu sais comment elle était avant ! Elle était si active, si optimiste, si VIVANTE ! Mais là c’est l’ombre d’elle-même.
Pfffuh, je suis crevée, j’en ai marre si tu savais !
On sait tous qu’à un moment ou un autre on sera confronté à tout ça. Mais en fait, ce qu’on s’imagine, c’est même pas le centième de ce qu’on vit vraiment quand ça arrive. On est tout seul, tu vois. On a beau avoir de la famille, des frères et sœurs, des amis…on est carrément tout seul.
Enfin, je te remercie quand même de l’invitation, ça me fait du bien d’en parler…

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Texte pour peinture : Basile

Basile (peinture de Lamauss, à voir absolument ici)

Non mais t’imagine ça ! La fille dans le tramway, elle se lève, elle vient me voir et elle me dit texto : « je te reconnais, tu étais à l’école primaire du Val Doré avec moi en 1982 » ! Elle m’a dit « Valérie, ça ne te dis rien ? » Et puis elle me sort tout un tas d’histoires, sur les années de CP et de CE1 qu’on aurait passées ensemble. Elle me dit qu’elle était devant moi dans la classe et qu’elle se souvient que j’étais un sacré bavard.
Elle m’a reconnu même sans les cheveux, tu le crois toi ?
Non sans rire. Valérie. Comment veux-tu que je me souvienne de ça, moi. Des Valérie j’ai du en connaître une vingtaine pendant ma scolarité…
N’empêche qu’elle m’a bien fait rire, quand même. On a tapé la discut’ comme si on se connaissait vraiment tu vois. Elle s’est assise à côté de moi. Elle m’a raconté que Lucie était amoureuse de moi à cette époque. Tu vois, Lucie, la rousse ? Elle ne m’a jamais dit ça la coquine ! Pourtant je la vois encore tous les jours…
Elle m’a dit aussi que Sébastien est devenu banquier et que le petit Ludo est parti à la Réunion et qu’il est tatoueur. Je te jure.
La vie quand même, c’est vraiment trop fort des fois.
En plus, je ne me souviens même plus d’elle, mais alors pas du tout. Je ne sais pas comment elle était quand elle était petite, faudrait que je regarde les photos chez mes parents. Une chose est sûre, c’est qu’elle est devenue vachement belle !
Du coup, on a échangé nos contacts. On se revoit la semaine prochaine.
Y a pas à dire, le printemps, ça vous change un homme !

Texte pour peinture : Benoit

Benoît (peinture de Lamauss, à voir absolument ici)

Ma copine était pas là,
Alors je suis venu avec mon Néphrolépis. Né-phro-lé-pis ex-al-ta-ta.
Je dis mon Néphrolépis mais en fait c’est le sien à elle.
C’est moi qui lui ai offert au mois de septembre, il était encore tout petit. Il a bien grandi depuis, incroyable comme ça pousse ces machins.
Au mois de septembre, la fleuriste m’avait dit « attention, cet hiver, avec le chauffage, il risque de dessécher, car c’est une fougère qui à l’habitude de l’humidité ».
Il n’a pas desséché, il est en pleine santé !
Faut dire, qu’il n’a pas fait si chaud que ça chez nous cet hiver. Je dirais plutôt : climat humide, tendu et froid.
Il paraît que c’est quand on s’en occupe pas trop qu’elles poussent le mieux, les plantes. Alors là ça doit être ça. Parce qu’elle ne s’est pas plus occupée de la plante que du reste.
Le Néphrolépis s’en porte bien. Il s’ex-al-te.
Même pas d’arrosage. Pas de pluie. À peine une larme par jour.

Texte pour peinture : Yves

Yves (peinture de Lamauss, à voir absolument ici)

Le problème des personnes aujourd’hui, c’est leur manque d’audace. Leur manque d’imagination. Fût un temps où les idées bouillonnaient dans toutes les têtes. Tous les jours il y avait des tas de réunions, de colloques, de rencontres autour de n’importe quel prétexte, d’où les idées jaillissaient en permanence comme d’un volcan. Ça partait même un peu dans tous les sens.
Chacun y allait de son invention délirante, de sa moulinette à vapeur, de sa révolution permanente. Aujourd’hui qu’est-ce qui se passe ? Où sont rendus tous ces rêves ? Les utopies ne vont pas plus loin que la haie en thuyas au bout du jardin. Les gens ne se retrouvent plus. Ne se parlent plus. N’imaginent plus rien de nouveau. Ne croient plus en l’action collective. Chacun se débrouille dans sa galère, avec un casque sur les oreilles, avec une capuche sur la tête ou un voile. Alors qu’avant les filles se battaient pour pouvoir se balader les seins à l’air et les garçons…bah les garçons aussi !
Ah, on a l’air bien malin, maintenant, avec nos jeunes qui ne communiquent plus qu’en réseau et qui ne voient plus les seins des femmes que dans les films pornos sur écran géant dans leur salon…
Je voudrais pas paraître nostalgique ou quelque chose du genre. N’empêche que je voudrais leur dire qu’ils sont vraiment mieux en vrai. Les seins des femmes.

Texte pour peinture : Cocktail

Cocktail (peinture de Lamauss, à voir absolument ici)

Tu vois ça ?
T’en veux ?
Tu veux goûter ?
Ça t’intéresse ?
Ça te fascine ?
Ça t’irradie ?
Tu kiffes à mort hein ?
Ça sent l’attaque, ça sent la bombe, ça brûle les pores. T’as mal au crâne, mais tes mains tremblent, regarde. Faut pas trembler, mec. Quand tu le lanceras.
Faut pas de faux pas. Pas de remords et pas de sueur.
Le 8 novembre 2014, à Levallois, la DGSI s’en est mangé deux comme ça.
On pense à un acte de djihadiste, candidat au départ en Syrie.
On pense aussi que ce gars a 38 ans et est déjà bien connu des services de police.
38 ans, né en 1976, comme moi.

Texte pour peinture : Anthony

Anthony (peinture de Lamauss, à voir absolument ici)

Tu vois, la vie, où ça nous mène…
On croit que pour nous ce sera pas pareil et puis finalement, on est comme les copains. Avec Sylvie si on avait pu, on aurait pris la route depuis longtemps. On aurait été s’installer au Canada. J’ai toujours rêvé de voir le Saint Laurent ! Et les grands espaces… J’ai bientôt cinquante balais et je suis toujours là, à tourner en rond dans cette petite ville bien confortable.
Mais tu vois bien comment c’est, au début on se disait qu’on ne se connaissait pas assez bien, on n’osait pas. Après, on a fini nos études, on bossait comme des malades, tout ça pour quoi ? Et puis on a eu les enfants alors on n’a pas pu. On ne voulait pas leur imposer nos délires. Et maintenant qu’on pourrait, que les enfants sont partis à leur tour, on n’a plus assez la niaque pour oser le faire. Et c’est pas avec la maladie de Sylvie qu’on tentera ce genre de truc…Elle a beau dire que ça va aller, ça crève les yeux qu’elle est trop fatiguée. En tout cas pour l’instant. Alors quand ?
Tu vois, si je peux te donner un conseil, c’est d’en profiter tant que tu peux pour faire tous les trucs dont tu rêves. Je sais, c’est bateau comme phrase, on se croirait dans un navet, mais c’est pourtant vrai ! Et puis, il ne faut pas que ce soit les enfants qui t’empêches de le faire. Au contraire, les enfants, partout où tu vas, ils sont bien ! Moi étant gamin j’aurais adoré ça, un peu de fantaisie. La vie des mômes, elle se fait de ce que tu peux leur offrir comme liberté, comme diversité…C’est des éponges. Comme Bob !