Demande voir

 

demande voir à la pluie si elle a soif
demande au torchon s’il sent le pain

j’ai accroché un lustre au milieu de la chambre
en me demandant s’il tiendrait bien l’année
j’ai calé le lit tout contre le mur
j’ai peint une fenêtre à même le meuble
avec la suie de mes idées noires
et pour voir dehors, j’ouvre le tiroir

demande au couteau si un visage se taille
demande à l’araignée à qui elle vend ses toiles

dehors c’est l’été et sa peau rougie
craquelée sur la terre des melons farineux
le pus d’une chenille écrasée qui oxyde
la voiture rouillée sous les rayons torrides
j’ai foulé le sol dur de ma cheville enflée
j’ai tordu le cou d’une poule cannibale

demande au papillon si la vie est trop courte
demande au bitume si les adieux lui pèse

les jours s’accumulent bien trop et s’étirent
je les ratisse et les jette en tas au fond d’un trou
Lundi , Mardi ,Mercredi, Jeudi, Vendredi, Samedi, Dimanche
par pelletées au fond, qui se désagrègent
comment faisais-tu toi, pour éviter l’odeur
de ces journées vides qui se décomposent ?

demande à la glycine qui lui pisse dessus
demande voir au poireau s’il est encore vert

je te demande à toi pourquoi le temps me blesse
je te demande à toi pourquoi j’ai toujours faim
pourquoi j’ai toujours tant besoin de tes caresses
pourquoi je fixe le sol, je ne finis plus mon pain
pourquoi chaque seconde je meurs de mon ennui
je te demande à toi pourquoi es-tu parti ?

chaise

Conserve

En faisant le ménage dans le placard, il a trouvé
une boîte de sentiments périmés
La boite était gonflée d’émanations refoulées
depuis trop longtemps

Fierté, douceur, amitié, colère
Le mélange puait à travers la paroi de métal rouillé
Il n’a pas osé la toucher avec les doigts
Il l’a attrapée avec un gant de cuisine

Sur le couvercle piqué et noir
une inscription presque effacée
A consommer de préférence avant
De mourir

Qui avait mis la boite ici ?
Qui avait pu l’oublier chez lui ?
Sylvie, Marie, Martine, Cécile,
Ou bien lui-même un soir d’alcool ?

En la tenant à bonne distance
pour retenir ses puissants spasmes
Il a posé la boite pourrie sur la nappe fleurie
Mais en cognant elle lui échappe

Sous la pression interne des gaz
La boite explose en grand fracas
Il laisse échapper un cri
Et puis vomit sur ses chaussures

Sur la nappe fleurie il y a
Au beau milieu d’une masse puante
Un petit amour flétri
Qui vit encore

boite

 

Perles de brume

La biche est partie loin dans le bois
Elle a laissé l’herbe repousser derrière elle

S’il faut qu’on ne vive qu’une fois
Alors celle-ci sera la bonne
Dans nos déserts surpeuplés
Il faudra vivre après tout

La fille danse sur les braises
Du feu de joie des retrouvailles
Elle lance sa jupe dans les flammèches
Devant ses amis éblouis

Ça danse, ça chante, avec le vin dans les verres
Avec l’amour dans les artères
Ici tout est pour rire et pour de vrai
Chaque minute laisse une trace

Dans des yeux calmes, dans un regard
Brillent les éclairs de bienveillance
La vie se vit à même l’instant
Sans générale et sans filet

Le vin coule doucement dans les gorges
Comme le sang foule sous les peaux
La vérité sort des bouches
Pourquoi se perdre en faux-semblants ?

Chacun profite de chaque goutte
de rosée luisant sur les brins d’herbe
Avec le jour qui point déjà
L’aube s’improvise en harmonie

Le temps respecte ceux qui en jouissent
Alors allons-y carrément
La jupe, la fille, le vin, le feu
Tout est à nous, si on le veut !

Et les pendules n’égrènent plus
Que de parfaites perles de brume

La biche est partie loin dans le bois
Elle a laissé l’herbe repousser derrière elle

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Au cœur des éléments

Louise est faite de glaise, elle s’étend telle une peau sur la planète nue
Elle se gonfle d’orgueil sous la poussée sensuelle de ses désirs secrets
Ici elle se dresse et là elle se fend, à l’ouest ocre rouge, à l’est obsidienne
Elle est mouvante et chaude, elle est sèche et gelée
Tout à la fois et tout ensemble, son ventre est le berceau et son cœur le caveau

Yvan, le fugace, soupire sous la pluie et dors sous le soleil
Son souffle anarchiste transforme les printemps en révolution
Il file sous les draps, fouille dans les forêts, flâne dans les champs
Nuages en bandoulière il quitte les volutes qui l’ont toujours vu naître
Pour surprendre en riant la jupe d’une femme sur le quai de la gare

Souleiman se coule sur la peau accueillante de la belle Louise
Il serpente sur son corps et caresse ses formes jusqu’à ce qu’elle soit humide
Alors il jaillit en mille torrents fous sur les plis de ses jambes
Amant mélancolique, si Louise le laisse pour dorer au soleil
Il arrache du ciel des sanglots qui déchire le tissu des nuages

Martha rumine en silence au tréfonds des volcans
Sa rage est créatrice mais son art est violent
Elle sculpte, elle creuse, elle grave, puis elle détruit ses œuvres
Elle se consume en secret pour l’amant qui serpente
Mais leur amour est impossible, elle rouge sang, lui si transparent

Ainsi va la vie, ainsi va le temps
Au gré des caprices des quatre éléments
Au gré de leurs amours, au gré de leurs tourments
Enfants inséparables, harmonie formidable
De la Terre sphère qui roule infiniment

 

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Au cœur des éléments
Toile de mon ami Jalo, page facebook à visiter absolument :  ici

La mouette rieuse

La mouette rieuse

A l’ombre sévère des Moaïs
La mouette blessée s’est reposée
Elle a lissé ses plumes humides
De son bec dur froid et glissant

Elle en a parcouru des nuages !
Elle en a vu des ouragans !
Dans son sillage bordé d’écume,
Sternes, albatros et cormorans

Sous son aile gauche le sang se crispe
Il coagule, si rouge sur blanc
Et de son bec pend un fil sec
Et un poisson mou transparent

Harponnée par la douleur
De l’hameçon dans son gosier
Elle ne rit plus depuis longtemps
Sans s’arracher aussi des larmes

Et les statues qui la consolent
L’entourent de leur ribambelle grise
Et tour à tour, chacune lui offre
Le calme sacré de son éclipse

Depuis toujours sur l’île chauve
Les sentinelles sourdent leur force
Aux corps vivants qui les entourent
Et qui souffrent de leurs blessures

La petite mouette est repartie
Courir les vents et les poissons
Après avoir reçu l’aumône
L’énergie pure du basalte

Ainsi mon cœur chargé de peine
Va s’abreuver à cette même source
Ribambelle grise, statues féroces
Votre œil corail me délivre

 

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La biche

La biche

Elle déchire son haut
Elle file son bas
Elle perd sa chaussure
Dans le fond du bois
Elle court en tous sens
qu’importe où elle va
Si la porte s’ouvre
alors elle ira

Elle suivait la biche
Se griffant aux ronces
Elle suivait la biche
Tenant sa réponse
Grimpe, saute et tombe !
Grimpe, saute et tombe !
Et sa chair à vif
Elle freine et elle fonce !

La forêt sait tout, elle est vérité
Et la moindre feuille ne saurait mentir
La biche est docile, se laisse toucher
Elle contient en elle et meilleur et pire
Et la fille en sueur aux gestes éparpillés
N’aura jamais plus si criant amour
Que parmi ces arbres au regard discret
Qui enfin la console, qui enfin l’ensemence,
Et jaillit de son corps la longue plainte sensuelle
Qui reconstruit le monde pour après la mort

 

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Ramon et Paloma

Ramon et Paloma Paloma et Ramon
Étendus sur la natte comme au matin du monde
Partis chacun au loin sur ses chemins secrets
Chacun dans sa cabane aux contours troubles

Il vogue sur une barque vers le large au loin
Très loin du cran d’arrêt et des brelans aux rois
Sur une barque ou même à la nage vers le large
Qu’importe mais loin du bouge où il joue sa carcasse

Elle, assise sur une terrasse carrelée
Avec le soleil qui claque sur les pierres
Elle est mélancolique et attend la marée
Qui dans son doux ressac ramènera Ramon

Ramon et Paloma, c’était couru d’avance
Pas de place dans la ville pour des amoureux
Pas de place pour la chance ni pour de belles terrasses
Dans ces rues ou le sel est jaloux de la crasse

Peut-être une autre vie dans une autre cité
Peut-être avec l’espoir on aurait pu les voir
Vivre comme les fous qui ont la chance d’y croire
Et dormir sagement chaque soir en volaille

Mais là c’est un sommeil éternel qui les tient
Même main dans la main et même avec remords
Ramon et Paloma dans le jour qui vient
Courent comme un seul homme qui court vers la mort