Les grands ongulés ont repris hier leur lente transhumance
Du lichen gris métal sèche sur l’écorce des bouleaux
L’œdicnème crie sur la butte, l’hypolaïs polyglotte dans le frêne
C’est l’été indien et nous dansons pieds nus sur la Terre
Du lointain nous arrivent des bribes périurbaines
Klaxons, sirènes, dérapages, hélicos et cris
Un monde devenu fou nous beugle ses hystéries
Mais sous nos pieds qui dansent la Terre reste notre mère
Et quelle Mère Courage, éternelle parturiente
Qui laisse le flot humain lui couler sur les jambes
Milliards d’êtres curieux, imbéciles ou absurdes
Cortèges consternant de canards sans tête !
Que nous sommes bien à l’aise loin de ce monde abject
Où la vie s’organise en carrés lumineux
D’où émanent des ondes qui parlent en angles droits
Alors que nous dansons sur des courbes aimantes !
Avec Maman Nature rien ne dure toujours
Même les parallèles finissent séparées
Et nous nous éloignons de ce vieux monde fou
Comme d’un vieux frère fragile qui aurait mal tourné
Dansons à même la Terre et roulons nous dessus
Tandis qu’au loin dégueulent des torrents de plastique
Et que des yeux explosent dans le réel virtuel
Il n’est jamais trop tard pour s’extraire du flux !
Il y a là la Terre et puis il y a l’eau, il y a le feu et puis il y a le vent
Il y a là de quoi vivre en dansant
Il y a là de quoi faire grandir des enfants
C’est là le nouveau monde et nous sommes dedans

