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Le temps qui compte

Le temps ne peut se perdre que s’il est compté
J’arrête de compter le temps et je l’ai tout entier
J’arrête de compter le temps et je le perds tout à fait
J’arrête de compter le temps et le temps n’existe plus

Je mets le temps au service du non-agir
Et il devient du non-temps au service de mon action

Je m’accorde au temps minéral
Je m’accorde au temps stellaire
Sur des vibrations dont la résonance naît dans la nuit des temps
Dans des gammes qui suivent la logique du cœur de l’espace

Je quitte le rythme du pouls humain
Je danse sur le pouls de la baleine cosmique
Mon élan se déploie sur la cadence comique

Ah ah, ah ah !
Le temps se tord de rire sous les guilis des virgules de vie qui se succèdent sans fin !
Sa distorsion m’entraîne dans une spirale étrange !
Serpent de vie qui se dresse et fulgure au cœur de mes chairs, à la moelle de mes os

Je m’élève dans une vrille temporelle
Vis sans fin dans l’infinie naissance
Je rejoins le suspendu
J’embrasse l’inattendu
J’épouse le non-né

Tout reprend sa place
Les montagnes, les abysses
Les vides et les pleins
Les vivants et les morts
Les vivants déjà morts, les morts déjà vivants

Au mi-temps de ma vie, je stoppe le décompte
Et j’entre en courant dans le courant du temps
Celui qui compte vraiment
Et qui se vit content

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Amapola

Alma revêt son tutu rouge
Où se camoufle une coccinelle
Une goutte de rosée chute et pèse sur la tulle
Et la danseuse désolée se dénude en saut de chat

Dans le vent son jupon cabriole
Si léger, si léger, si léger

La danseuse mise à nu n’en perd pas sa tenue
Son port de tête est fort et droit
Elle tient son secret bien caché
Dans l’urne chaude de son ventre

Vole jupon, ta vie est courte, tu es fragile
Mais ton cœur est gonflé de la pureté de l’Amour vrai
Et il habille la prairie de la puissance de son sang

Amapola, Alma bella, fleur du repos, phare de l’oubli
Au-dessus du chaos, par-delà le bruit
Vole ton jupon de tulle rouge
Vis la beauté et danse ta vie

pour Alma Miranda
2026.01.08

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Nour

Lumière est la promesse d’un jour nouveau
Lumière le premier souffle de l’enfant naissant
Lumière est la rosée sur le brin d’herbe folle
Lumière l’iridescence du fleuve à l’automne
Lumière est l’averse sur tes lèvres gercées
Lumière est la nuit sur ta ville en ruines
Lumière l’œil inquiet du chien égaré

Amour la main tendue au-delà de la mer
Buvons la lumière aux étoiles lactées


Lumière est le lait de notre Maman Terre
Lumière la prière pour nos frères de Gaza

L’orange de lumière mûrie au Levantin
Éclaire d’un même feu l’étoile et le croissant


Lumière est l’espoir qui ne mourra jamais
Lumière la mélopée du oud dans le soir


Caresse sur ta joue, caresse de lumière

Il va venir le jour éclaboussant d’amour
Il va venir couvrir les cendres avec de l’or
Miracle de beauté renaissant de l’horreur
Miracle de lumière au fond du cœur en pleurs

Je rêve la liberté partout où l’humain vit, partout où l’œil va
Lumière est la prière pour ma sœur de Gaza

2025.10.03

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Rêve

Tout le long du haut grillage qui borde la forêt
Des squelettes de chevreuils sèchent au soleil
Les bois incarcérés dans les tiges d’acier
Témoignent silencieusement d’un long combat mortel

Certains os sont blancs et impeccables
Comme pour une macabre leçon d’anatomie
Ils s’agencent encore dans une logique parfaite
Et on croirait parfois les voir se ranimer

Le vent brûlant assaille vertèbres et côtes
Sifflant dans ces longues flûtes d’étranges mélodies
Qui montent au-dessus des troncs noirs et cassants
Et l’oraison funèbre s’envole avec les cendres

Certains os sont encore recouverts de chair
Et des lambeaux rougeâtres s’accrochent aux cartilages
L’odeur musquée et lourde s’accumule dans les ventres
Et des insectes ailés viennent y pondre leurs œufs blancs

D’autres êtres peuplent aussi cet ossuaire-zoo
Là, dent de sanglier, ici, griffe de blaireau
Tous venus mourir contre ce haut grillage
Avec à leurs trousses le galop des flammes

Ils ont fui l’incendie qui brûle cœur de l’homme
Grand feu de sa colère, brasier de sa folie
L’enfant pourri gâté a cassé tous ses jouets
Et il se meurt d’ennui à l’aube des nouveaux temps

2025.08.25

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Phoenix

Je suis une chamane en plastique
Nourrie aux algorithmes de Wikipédia
Je soigne avec les mains, grâce à mon kit mains-libres
Je porte à la ceinture une plume d’éléphant

Je n’ai pas d’ancêtres, pas de communauté
Ma lignée de nylon remonte à ma naissance
Entre un tube d’aspirine et un rasoir jetable
Et mes anciens voyagent dans les mondes d’Alzheimer

Je ne suis d’aucun peuple, d’aucune tradition
Et je traîne mon corps sur une Terre massacrée
Que mes aïeux puérils ont vidé de son sang
Pour le réinjecter dans leurs poupées gonflables

Chaque jour je pratique des rites de protection
Je brûle de la sauge dans les vapeurs d’essence
Chaque jour je mange bio, j’avale mes antibios
Et je caresse mon chat pour le lien au Vivant

Mais parfois dans le noir, j’entends comme un appel
Comme une voix aimante qui m’attire en son sein
Et une lueur s’anime, une étoile dans ma nuit
Je sais que tout est là, juste à portée de mains

Je suis une chamane en plastique
Mon cerveau est fondu dans le celluloïd
Mais j’ai dans la poitrine un cœur palpitant
Comme un oiseau de feu qui est prêt, qui attend

2025.08.16