Non classé

Quelle guêpe…

pour Christian Tournebize

Quelle guêpe m’avait piquée en ce jour d’été ?
J’ai posé ma musette pour deux jours et deux nuits
A la sortie d’un village de Corrèze endormi
Là où chantent les Arbres je me suis arrêtée

Avançant exténuée sous les pins fredonnant,
Je ne savais pas trop où donner de la tête
Je n’connaissais d’ici ni les hommes ni les bêtes
Ni la douce lumière accouchée du couchant

Alors il a paru au seuil de sa maison
Dont les murs sont faits d’air et le sol de feuilles mortes
Foyer de liberté sans fenêtre ni porte
Il m’a fait pénétrer dans le bois des chansons

L’oreille encore meurtrie par les cris du goudron
Je n’ai d’abord pas pu percevoir la musique
Que jouaient les bouleaux sur d’étranges rythmiques
Ponctuées des trilles sifflantes des merles et des pinsons

Mais bientôt m’est venue toute une philharmonie
De la plus haute feuille jusqu’à l’humble lichen
De la plus fine aiguille jusqu’à l’immense chêne
Le bois tout entier vibrait de sons unis

Et mon hôte joyeux, en bon chef de chœur,
Sans l’air d’y toucher et un brin malicieux
Orchestrait la fanfare des Grands Etres du lieu
Et pinçait une à une les cordes de mon cœur

Je restais bras ballants et le souffle en suspend
Assistant médusée à ce concert grandiose
Tandis que le renard posé dans le ciel rose
Aboyait en cadence sur le chant des Géants

Cet homme arbre, pieds sur terre, sur le sol de mousse,
Créant dans la forêt son abri de lutin
Croquant sur le papier la lumière des matins
Avait soufflé cet air au sang des jeunes pousses

Il se tient maintenant, toujours et sans surprise,
Au cœur du Chant des Arbres qu’il sculpte en riant
Pour naitre à l’harmonie, il sait dévier les vents
De ses bras de moulin, il fait tourner la bise

photo de Christian Tournebize

Laisser un commentaire