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Les enfants verts

De la profondeur de la terre.
De la quiétude tiède des couches inférieures de l’humus est née l’aventure éternellement recommencée.
Les graines gonflées d’amidon, grosses du feu de la pourriture, ont fendu leur tégument élastique pour laisser naître les germes têtus de la vie nouvelle.

Tout cela a creusé son chemin vers la lumière, du bout de tiges encore blanches.
Tout cela est remonté du néant vers l’éclat d’un soleil encore timide et chiffonné de sommeil.

Là où, hier encore, les reflets de l’orgie automnale se désintégraient en relents poussiéreux et musqués, aujourd’hui des enfants verts ont transpercé les chairs de la Grande Mère pour jaillir en régiments désordonnés et fiers de leur énergie indécente.

Ils sont venus. Accouchés de la grande folie vivace. Malgré tout. Malgré le bitume, malgré les poisons de l’eau, malgré les cendres de ce qui est mort et la déchéance de ce qui vit encore.

Ils sont venus comme toujours. Comme depuis le début et à jamais. Pointer leur germe turgescent dans les charniers, sur les champs de bataille, même jusque sous les bottes des soldats. Ils ont défié l’horreur à Gaza. Caressé la main des orphelins dans les décombres d’une humanité folle à lier.

Ils sont venus. Ils sont là. Sourds aux fracas. Aveugles aux mutilations. Fragiles mais tenaces, avec leurs radicelles insolentes de vigueur.
Bourgeons du printemps. Enfants du renouveau. Espoirs au cœur des désespoirs. Générescence au cœur de la dégénérescence.
Nés du chaos de la décadence, ils viennent défier tout ce que l’on croyait installé pour toujours.

Bientôt, ils auront déployé leur énergie en lianes solides, en branches incassables, en racines puissantes.
Rien ne va pouvoir ralentir leur croissance, rien ne pourra stopper leur inventivité et leur nombre ira toujours grandissant.
Mieux vaut donc les laisser dès à présent nous envahir et recouvrir nos désillusions. Nos errements. Nos errances.

Ils sont les enfants de Mars, soldats de l’Amour invincible. Ils sont le courant de la vie. Rien ne sert de lutter à contresens. Laissons-nous porter par leur candeur. Pénétrer par leur sagesse étonnante. Dans le cadeau du présent. Dans le flot de leur sève.
Dans la paix d’une fleur nouvelle.

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