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Canola

Mon fils,
J’ai lu ton avenir dans mes cailloux tziganes
J’y ai vu la vie donnée, la vie reprise, redonnée encore
J’y ai vu une famille, nombreuse et soudée
Une femme qui sentait le jasmin

J’ai vu le fleuve qui t’a vu naître et la mer qui te verra mourir
Des danses berbères, des chants mongols, des flûtes andines
De la musique à chaque instant avec l’Amour caché dedans
J’ai vu mille ans de transhumance dans des pays aux plaines arides
Où des serpents chauffent leur venin sur le seuil brûlant des maisons
De henné, du charbon, de l’argile
Des scories, du jaspe et des turquoises

J’ai vu les yeux de tes enfants brillants de rires et de fièvre
Tes circonvolutions autour d’une mer bleue, à l’ombre des oliviers
Tes errances hésitantes dans l’air moite du Pacifique
J’ai pu sentir ton corps puissant et ton sang noir coulant
Dans tes artères tendues comme les cordes d’une guitare
Je t’ai vu graviter autour de l’Amour
Et j’ai vu des foules graviter autour de toi et de ta lumière
Comme des papillons de nuit

Et puis la musique encore, dévalant de toi comme l’eau d’une source
La musique, par toutes tes pores, scintillante comme la sueur d’un bébé
La musique comme une évidence, jaillissant de tes mains,
Eclaboussant autour de toi des douches d’Amour pur
Je t’ai vu parler aux anges avec des mots mélodieux, en phrases symphoniques
J’ai vu que tu allais toucher la perfection sans jamais la reconnaitre

J’ai vu cela et tant de lumière encore que mes yeux se plissent
Au souvenir de ton avenir
Car les cailloux tziganes ne mentent jamais
Ils sont nés du ventre de la Grande Mère, matrice du monde et des multitudes

Alors vas ton chemin, cœur de mon cœur, éclat de mon diamant
Accordes tes boyaux aux voix venues du ciel jusqu’au bout de tes doigts
Sème tes cristaux sonores dans l’air pur qui te porte
La harpe de Canola a tissé ton chemin
Que chacun de tes pas devienne une note de la Grande Harmonie

2024.10.06
à Simon

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