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Le cerf aux bois verts

Le petit faon qui apprenait à marcher court désormais devant la harde
Il entre dans ce nouveau printemps comme en terrain déjà connu
Se tient droit, regarde sans ciller, aborde la terre par le talon
L’herbe se couche docilement sous son poids

L’hiver a été rude pourtant, dans les grandes solitudes
A l’étroit dans une peau devenue trop étroite pour ses os
Engoncé dans trop de prévenances
Embarrassé par de gênantes embrassades

Le voilà prêt, ou du moins le croit-il, pour partir dans le monde
En troubadour endimanché, il gratte le pied au sol
Trépignements et ruades, il sent l’appel du vent
Dans ses cheveux

Rien n’est inaccessible à ses yeux encore neufs de déconvenues
Rien n’est trop loin, ni trop cher, ni trop compliqué
Et comme il est sûr de son chemin
Son chemin se déroule devant lui et il n’a plus qu’à y ambuler

Quelle fougue ! Quel toupet ! Quelle outrecuidance !
Quel panache à contrarier la domestication !
Les Oracles sacrés venus d’Orient pour le rabrouer
S’inclinent finalement devant le phénomène

Ils rebroussent chemin et ramènent avec eux dans leurs lointains empires
L’histoire du jeune cerf qui défie les grands Maîtres
Et l’histoire s’empresse de devenir légende
Aux bouches et aux oreilles de l’est et du ponant

Dans l’ombre, à l’orée des villes de lumière
On peut parfois deviner, si l’on est très patient
Les silhouettes furtives de ses parents aimants
Qui veillent, et suivent de loin le daguet splendide

Ils observent en silence, taisent leurs inquiétudes
Tâchant de suivre la trace qui va s’évanouir
Vas, cher enfant, vas donc et pars devant
La harde reste en arrière, toujours si impatiente d’être retrouvée

2025.02.06
pour les 17 ans de Simon

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