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Epivents

Du haut des Epivents nous sont arrivés essoufflés
Des bandes de moineaux par dizaines
Ils avaient l’œil rendu fou par l’assaut de la tempête
Ils se sont posés en catastrophe
Sur des branches de troène trop graciles pour supporter leur poids
Ils se tenaient les uns contre les autres
Becs ouverts, cherchant leur souffle dans le souffle du vent
Ils ont lissé leurs plumes, secoué leurs ailes, gonflé leur corps entier
Et puis ils se sont assoupis, ainsi réunis sur les branches comme un seul être
Ils ont clos leurs yeux affolés, leurs paupières humides sur le vent sec
Les troènes ont refermé leurs feuilles sur eux, tels des poules maternantes

Du haut des Epivents, le vent a continué sa débandade cinglée,
Soulevant des nuages épais de poussière grise et sèche
de terre morte et de particules plastiques.
Il a fait claqué les bâches sales des serres, arraché des arceaux, déchiré des films, envoyé en l’air des godets, des sacs, des cagettes
Il est venu enlacer le vieux saule et des poignées de feuilles sont montées en tornade
Il a soulevé les tôles du toit de la cabane, éclaté la girouette et quelques kiwis sont tombés au sol

La pluie a commencé à  tomber
Des grosses gouttes qui sont venues s’écraser sur la terre craquelée
Après des mois de sécheresses, le bruit de ces gouttes d’eau sonnait comme une résurrection.
Comme le premier matin du monde
Et puis l’odeur
L’odeur ronde et musquée de la terre qui laisse couler la pluie toute neuve sur son bouclier de croûte
Le vent cinglé
La pluie cinglée
Contre les vitres
Gifles et claques

Dans la grande pièce, le feu de la cuisinière ronronne
Le chat ronronne devant le feu
Et le vent hurle derrière les vitres et la pluie gémit avec lui
La charpente craque et ondule doucement

Des Epivents jaillit le torrent de vie
Les éléments s’y rencontrent, se rendent compte, se contrent

Du chaos renait l’orgasme
De l’orgasme s’installe l’harmonie
L’éternel cycle des matières et des âmes toujours commencé, recommencé, et commencé encore

Du bout de l’ongle, j’enlève un poil de chat de ma tasse fumante
La nuit tombe sur les Epivents en furie
Et je suis seule au monde

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