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Arzh

A l’orée de la forêt de lumière, en cet instant précis où Grand-Mère Lune nous dévoilait son cœur, un ange s’est avancé sur le chemin venant du Nord.
Etonné par sa propre présence, il semblait émerger du fond des brumes.
Il était nimbé de lucioles vertes et argentées qui volaient autour de lui en dessinant des prismes parfaits.
La Terre déroulait devant lui un long et étroit tapis de mousse, sur laquelle il était porté, en suspens, sur un coussin d’air tiède.
A la surface de chaque pierre, de chaque feuille qu’il effleurait, se déposaient quelques gouttes de cristal salé, qui formaient en se figeant des figures éphémères. Eclairs d’arcs-en ciel.

Il s’avançait vers nous, qui étions assis en rond sur l’humus tendre. Il sourit et ouvrit ses mains en coupe devant lui, pour recueillir les cheveux argentées de Mamie Lune qui tombaient du ciel.
Quand il atteignit sans un bruit le bord de notre cercle, il y entra et vient se poser en son centre.
Tous, nous l’observions, attendant de savoir ce qu’il venait nous dire, ce qu’il venait y faire.

Le temps de cet instant s’est étiré pendant des millénaires.

L’ange soufflait doucement sur nos fronts souillés de pensées sombres. Chacun de nous, l’un après l’autre, s’est senti refait à neuf, nettoyé, défroissé, purifié grâce aux milliers de lucioles déversées sur nos têtes par ce souffle innocent.
Puis l’ange s’est assis en lotus au centre de notre cercle, où chacun brillait désormais de sa propre lumière. Son corps évanescent s’est mis à tournoyer sur lui-même en nous éclaboussant de cristaux d’argent. La Terre s’est mise à tanguer en cadence. La forêt entière vibrait au son des harmoniques émises par cette spirale.
L’instant d’après, le tournoiement s’est ralenti, puis arrêté. La Terre a retrouvé son équilibre. La forêt est retombée dans le calme du clair de Lune.

Le rond que nous formions était devenu une roue de diamants. Nous nous y tenions, éclatants, éblouissants, solides comme des menhirs, dressés comme des lances. Nos mains liées entre elles étaient les maillons soudés de cette chaîne lumineuse.
Il n’y avait plus personne au centre de notre cercle. L’ange avait disparu, se fondant dans son souffle en rejoignant la Lune.

Mais en levant nos yeux neufs sur nos corps ahuris, nous avons découvert, avec émerveillement, en chacun de nos cœurs, une luciole qui vibrait du feu de l’Ange du Nord, du feu de l’Ours, Makoua, Arzh, l’énergie du pardon, l’amour pur de l’enfant, pour nous, ici et maintenant.

2024.08.19
pour Arthus

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