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Amapola

Alma revêt son tutu rouge
Où se camoufle une coccinelle
Une goutte de rosée chute et pèse sur la tulle
Et la danseuse désolée se dénude en saut de chat

Dans le vent son jupon cabriole
Si léger, si léger, si léger

La danseuse mise à nu n’en perd pas sa tenue
Son port de tête est fort et droit
Elle tient son secret bien caché
Dans l’urne chaude de son ventre

Vole jupon, ta vie est courte, tu es fragile
Mais ton cœur est gonflé de la pureté de l’Amour vrai
Et il habille la prairie de la puissance de son sang

Amapola, Alma bella, fleur du repos, phare de l’oubli
Au-dessus du chaos, par-delà le bruit
Vole ton jupon de tulle rouge
Vis la beauté et danse ta vie

pour Alma Miranda
2026.01.08

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Nour

Lumière est la promesse d’un jour nouveau
Lumière le premier souffle de l’enfant naissant
Lumière est la rosée sur le brin d’herbe folle
Lumière l’iridescence du fleuve à l’automne
Lumière est l’averse sur tes lèvres gercées
Lumière est la nuit sur ta ville en ruines
Lumière l’œil inquiet du chien égaré

Amour la main tendue au-delà de la mer
Buvons la lumière aux étoiles lactées


Lumière est le lait de notre Maman Terre
Lumière la prière pour nos frères de Gaza

L’orange de lumière mûrie au Levantin
Éclaire d’un même feu l’étoile et le croissant


Lumière est l’espoir qui ne mourra jamais
Lumière la mélopée du oud dans le soir


Caresse sur ta joue, caresse de lumière

Il va venir le jour éclaboussant d’amour
Il va venir couvrir les cendres avec de l’or
Miracle de beauté renaissant de l’horreur
Miracle de lumière au fond du cœur en pleurs

Je rêve la liberté partout où l’humain vit, partout où l’œil va
Lumière est la prière pour ma sœur de Gaza

2025.10.03

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Rêve

Tout le long du haut grillage qui borde la forêt
Des squelettes de chevreuils sèchent au soleil
Les bois incarcérés dans les tiges d’acier
Témoignent silencieusement d’un long combat mortel

Certains os sont blancs et impeccables
Comme pour une macabre leçon d’anatomie
Ils s’agencent encore dans une logique parfaite
Et on croirait parfois les voir se ranimer

Le vent brûlant assaille vertèbres et côtes
Sifflant dans ces longues flûtes d’étranges mélodies
Qui montent au-dessus des troncs noirs et cassants
Et l’oraison funèbre s’envole avec les cendres

Certains os sont encore recouverts de chair
Et des lambeaux rougeâtres s’accrochent aux cartilages
L’odeur musquée et lourde s’accumule dans les ventres
Et des insectes ailés viennent y pondre leurs œufs blancs

D’autres êtres peuplent aussi cet ossuaire-zoo
Là, dent de sanglier, ici, griffe de blaireau
Tous venus mourir contre ce haut grillage
Avec à leurs trousses le galop des flammes

Ils ont fui l’incendie qui brûle cœur de l’homme
Grand feu de sa colère, brasier de sa folie
L’enfant pourri gâté a cassé tous ses jouets
Et il se meurt d’ennui à l’aube des nouveaux temps

2025.08.25

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Phoenix

Je suis une chamane en plastique
Nourrie aux algorithmes de Wikipédia
Je soigne avec les mains, grâce à mon kit mains-libres
Je porte à la ceinture une plume d’éléphant

Je n’ai pas d’ancêtres, pas de communauté
Ma lignée de nylon remonte à ma naissance
Entre un tube d’aspirine et un rasoir jetable
Et mes anciens voyagent dans les mondes d’Alzheimer

Je ne suis d’aucun peuple, d’aucune tradition
Et je traîne mon corps sur une Terre massacrée
Que mes aïeux puérils ont vidé de son sang
Pour le réinjecter dans leurs poupées gonflables

Chaque jour je pratique des rites de protection
Je brûle de la sauge dans les vapeurs d’essence
Chaque jour je mange bio, j’avale mes antibios
Et je caresse mon chat pour le lien au Vivant

Mais parfois dans le noir, j’entends comme un appel
Comme une voix aimante qui m’attire en son sein
Et une lueur s’anime, une étoile dans ma nuit
Je sais que tout est là, juste à portée de mains

Je suis une chamane en plastique
Mon cerveau est fondu dans le celluloïd
Mais j’ai dans la poitrine un cœur palpitant
Comme un oiseau de feu qui est prêt, qui attend

2025.08.16

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Hutte

Désapprendre à regarder pour voir vraiment
Désapprendre à écouter pour entendre vraiment
Désapprendre à ressentir pour sentir vraiment
Désapprendre à exister pour être vraiment

Il n’y a pas de mot pour le bruit de l’eau qui rigole dans le ruisseau
Pas de mot pour la lumière qui t’éclabousse à travers les feuilles du charme
Pas de mot pour la saveur de ta larme qui glisse sur ma bouche
Pas de mot pour la première bouffée d’air qui dilate les poumons de notre nouveau-né

Dans le ciel, des myriades d’êtres humains voguent en souriant
Ballottés par le vent, ils sont des ballons de foire gonflés à l’hélium
Ils ont dénoué le lien qui les arrimaient à la Grande Mère
Et maintenant ils dérivent sans fin en hurlant des mantras

Et nous sommes là aussi, humains hommes et femmes
Aveugles, sourds et muets, mais le cœur grand ouvert
Un cordon d’or nous lie ensemble et à la Terre
Et des fils argentés montent de nos têtes au ciel

Donne-moi tes mains, nous sommes des embryons
Qui allons revivre la magie d’une naissance
Nous allons découvrir à nouveau notre essence
Puis boire le lait pur au sein de notre mère

Au cœur du temazcal, les nourrissons s’agitent
Ils chantent, battent le tambour, ils mélangent sueur et larmes
Bientôt ils jailliront du ventre de la Terre
Gonflés d’une vie neuve, débordant de lumière

Nous serons de ceux-là, tous sœurs, tous frères
Tout transpirants d’Amour pour notre maman
Brûlants du premier feu, soufflant le premier air
Tremblants d’humilité, intensément vivants

Pour Xl’o’c Totic Ojob
2025.08.15