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Riu Mari


Encara hi ha brutícia vermella sota les meves sabates
Encara hi ha sorra blanca al fons de la meva butxaca

La pluja ho va ofegar tot
La pluja ho va ofegar tot

Però vaig guardar el poderós record de l’olor de la farigola
I romaní triturat sota els nostres peus
Encara escolto el tril feliç
Grans mallerengues a les alzines
Sento la pell humida de la salamandra sota els meus dits
Humus, rovelló, terra trencada pels senglars

La pluja ho va ofegar tot

I ara sóc aquí, ja no sé res
Ni quina llengua parlar, ni on ballar la meva vida

He d’haver oblidat una part del meu cor
A l’entrada d’una cova entre els ginebres
O l’he perdut al Puig Castellar, o prop del riu mar

Si el trobeu, cuideu-lo
Poseu-lo al vellut de les plomes de voltor
Calent i càlid fins a la nostra propera trobada

La pluja ho va ofegar tot, ho va netejar tot

I ara és la tardor a la vora del Loira
La garsa vola lluny, fent el seu crit ingrat
I la boira freda s’enganxa als meus cabells
On ahir la sal mediterrània es va enganxar en fils perduts

La pluja ho va ofegar tot
La pluja ho va ofegar tot

El sol, els ulls, la gent i els aparcaments
Però la calidesa del cor va mantenir la seva intensitat
La mà estesa, el braç tocat, el somriure ofert
Cada moment, profundament gravat en els meus records
El dolor d’haver de marxar
I aleshores l’alegria al meu cor de saber com tornar-hi algun dia

Per Fernando
2024.11.07


Rivière de mer

Il reste de la terre rouge sous mes chaussures
Il reste du sable blanc au fond de ma poche

La pluie a tout noyé
La pluie a tout noyé

Mais j’ai gardé le souvenir puissant de l’odeur du thym
Et du romarin écrasés sous nos pieds
J’entends encore la trille joyeuse
De la mésange charbonnière dans les chênes verts
Je sens la peau humide de la salamandre sous mes doigts
L’humus, la chanterelle, le sol défoncé par les sangliers

La pluie a tout noyé

Et maintenant je suis là, ne sachant plus rien
Ni quelle langue parler, ni où danser ma vie

J’ai dû oublier une partie de mon cœur
A l’entrée d’une grotte dans les genévriers
Ou bien l’ai-je égaré au Puig Castellar, ou près de la rivière de mer

Si tu le retrouves, merci d’en prendre soin
Poses-le dans le velours de plumes de vautour
Bien au chaud jusqu’à nos prochaines retrouvailles

La pluie a tout noyé, elle a tout lessivé

Et maintenant c’est l’automne au bord de la Loire
Le héron s’envole en poussant son cri ingrat
Et le brouillard froid s’accroche dans mes cheveux
Là où hier le sel méditerranéen collait des mèches folles

La pluie a tout noyé
La pluie a tout noyé

Le soleil, les yeux, les gens et les parkings
Mais la chaleur du cœur a gardé son intensité
La main tendue, le bras effleuré, le sourire offert
Chaque instant, profondément gravé dans mes souvenirs
La peine d’avoir dû partir
Et puis la joie au cœur de savoir un jour y revenir

Pour Fernando
2024.11.07

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Artémis

Je veux être de celles qui sifflent contre le vent
Elles qui se dressent à moitié nues dans la tempête
Et qui hurlent des mots magiques à la face des tyrans
Elles qui ont fait de la mort une fête

Je veux être de celles qui dansent autour du feu
Qui récoltent leur sang pour l’offrir à la Lune
Elles qui parlent au fleuve comme tu parles à ton dieu
Et qui aiment l’armoise pour son amertume

Je veux être avec elles qui accouchent les enfants
Et qui mènent les vieillards sur leur voie de lumière
Qui font des pieds de nez aux passants bien-pensants
Et fabriquent l’Amour dans leurs sombres soupières

Je veux être de celles qui soignent les lépreux
Qui câlinent les serpents, embrassent les crapauds
Qui aiment avec leur ventre et touchent avec leurs yeux
Nourrissent le cœur des hommes comme de petits oiseaux

Suis-je de celles-là, enroulées telles des lianes autour du tronc des hêtres
Et qui soufflent autour d’elles des mots qui font l’Amour
Celles qui ont au fond d’elles leur feu comme seul maître
Et comme seul espoir d’être en vie pour ce jour ?

Femmes du fond des âges, sauvages et chasseresses
Vous êtes mon soleil dans ce monde plastique
Montrez-moi le chemin, mes chères sœurs déesses,
Et transcendons ensemble la femelle bionique !

2024.10.07

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Canola

Mon fils,
J’ai lu ton avenir dans mes cailloux tziganes
J’y ai vu la vie donnée, la vie reprise, redonnée encore
J’y ai vu une famille, nombreuse et soudée
Une femme qui sentait le jasmin

J’ai vu le fleuve qui t’a vu naître et la mer qui te verra mourir
Des danses berbères, des chants mongols, des flûtes andines
De la musique à chaque instant avec l’Amour caché dedans
J’ai vu mille ans de transhumance dans des pays aux plaines arides
Où des serpents chauffent leur venin sur le seuil brûlant des maisons
De henné, du charbon, de l’argile
Des scories, du jaspe et des turquoises

J’ai vu les yeux de tes enfants brillants de rires et de fièvre
Tes circonvolutions autour d’une mer bleue, à l’ombre des oliviers
Tes errances hésitantes dans l’air moite du Pacifique
J’ai pu sentir ton corps puissant et ton sang noir coulant
Dans tes artères tendues comme les cordes d’une guitare
Je t’ai vu graviter autour de l’Amour
Et j’ai vu des foules graviter autour de toi et de ta lumière
Comme des papillons de nuit

Et puis la musique encore, dévalant de toi comme l’eau d’une source
La musique, par toutes tes pores, scintillante comme la sueur d’un bébé
La musique comme une évidence, jaillissant de tes mains,
Eclaboussant autour de toi des douches d’Amour pur
Je t’ai vu parler aux anges avec des mots mélodieux, en phrases symphoniques
J’ai vu que tu allais toucher la perfection sans jamais la reconnaitre

J’ai vu cela et tant de lumière encore que mes yeux se plissent
Au souvenir de ton avenir
Car les cailloux tziganes ne mentent jamais
Ils sont nés du ventre de la Grande Mère, matrice du monde et des multitudes

Alors vas ton chemin, cœur de mon cœur, éclat de mon diamant
Accordes tes boyaux aux voix venues du ciel jusqu’au bout de tes doigts
Sème tes cristaux sonores dans l’air pur qui te porte
La harpe de Canola a tissé ton chemin
Que chacun de tes pas devienne une note de la Grande Harmonie

2024.10.06
à Simon

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Stella

Dans la pièce la plus sombre de ton cœur, s’entassent les souvenirs que ta mère t’a laissés. Bien emballés dans du papier cristal, ils se tiennent là, vivants et comme neufs. A chacune de tes respirations, leurs angles tranchants te labourent la poitrine.

Tu n’étais qu’un petit amas de cellules, Stella, dans le berceau chaud du ventre de ta mère. Mais tu revois tout comme si tu y étais.

Les barbelés. Les baraquements. Les latrines où les femmes accouchaient. Les poux. La prison sous la terre où tes frères pleuraient. Le vent qui souffle sur cette plaine aride et laide. La route devant, la voie ferrée derrière.

Tu vois ta mère, déambulant dans la fange, avec son ventre empli de toi. Tu les vois tous, tes frères, tes sœurs, tes cousins, ton peuple. Contenus. Concentrés. Empêchés de vivre. Autant d’oiseaux aux ailes coupées. Pendant des mois et des années.

Quelle est cette terre qu’on ne peut fouler ? Qui sont ces hommes qui vous tiennent exsangues, meurtris, affamés ?

Ici l’Anjou n’est pas douceur. Il est horreur. Le Français n’est pas résistant. Il est complice ou tortionnaire. Ici on coupe les ailes des oiseaux. On les empêche de chanter. On les enferme dans des cages.
Camp de concentration des Tsiganes. Montreuil Bellay. Crée par les Français. Géré par les Français. Fermé par les Français un an après la fin de la guerre.

Stella, cette histoire bouillonne dans chacune de tes cellules. Elle entretient la flamme de la colère dans le brasier de ton cœur. Tu ne cesseras jamais de raconter ta naissance dans le camp. A tes enfants, tes petits-enfants, tes arrières petits-enfants. Et chacun d’entre eux héritent d’un éclat de ta colère. Tu les prends sur tes genoux, écartes leurs mèches emmêlées de devant leurs yeux. Tu leur racontes comment cette nuit-là, ta mère s’est cachée pour te mettre au monde, dans la souillure et les croutes de givre, sous la lumière criarde des miradors. Comment elle a pu voler quelques quignons de pain pour te fabriquer du lait. Comment elle a cru te perdre mille fois sous les assauts du froid et de la faim. Et tu leur répètes ce que tous, ils t’ont dit. Ancêtres depuis la nuit des temps. « Ne fais jamais confiance à un gadjo, car tôt ou tard, il voudra lui aussi te couper les ailes ».

Oh Stella, les rides qui barrent ton front tanné ressemblent aux clôtures derrière lesquelles mon peuple vous a parqués. Il y a 80 ans, peut-être 50…hier. Votre liberté est insupportable à observer. Votre fierté est un affront. Il faut toujours que cela cesse.

Stella, à toi, à tous tes enfants, tous tes parents et à tout ton peuple, aujourd’hui, du fond de mon cœur en peine, je demande pardon.

Vole, vole, Stella, enfant de notre honte, déploie tes ailes enfin et voyage où bon te semble et tant que tu veux, jusqu’aux étoiles, Stella, Stella, je suis en bas, et je te vois. Je n’oublie pas.

2024.09.02
en hommage à Jacques Sigot

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Brassica Oleracea

Une civilisation entière y réside
Au cœur de la Fractale Mère, les Myriades prolifèrent.

Au Levant, vers les bronchioles losanges,
le peuple des Unipodes aux vertèbres d’or et d’argent
côtoie en bonne entente la petite tribu des Anges.
A chaque nouveau soleil, ensemble ils déroulent les rideaux
de lumière et d’arcs-en-ciel pour que les Mondes multiples s’éveillent.
Ils sont joyeux et énergiques, ils chérissent les Cycles magiques.

Les florettes australes abritent les Griots ovipares
qui offrent au Monde l’éternité et la naissance perpétuelle.
Ils vivent en ermites aux confins du Mérisme sacré.
Ils sont la Femelle et le Mâle, le Tao dans la matière
et leurs poèmes mystérieux assurent la paix dans l’Univers.

Les Poneys du ponant partagent la couche des Licornes.
Lorsqu’ils ferment doucement leurs yeux d’ambre et d’onyx,
le soleil se couche dans l’instant et débute la trêve onirique.
La lente danse des destins s’invite dans le brouillard des rêves
et les neurones du Méristème y régulent les cycles karmiques.

Les belles Nymphes du Damier habitent l’antique boréale.
Dans leurs flocons de cristal elles tissent la soie des amitiés
avec le fil de leurs pensées. Elles sont le flot de la parole,
elles font éclore le Vishudda pour l’entièreté des Multitudes.

Tous ces êtres de pure beauté peuplent la Suite de Fibonacci, Pyramide secrète de la Fractale Mère.

Telle est la Loi de l’Origine, de la Mathématique divine,
des Polygones pyramidaux, l’Harmonie du Romanesco.

07/07/2024, pour Vijay