Beaucoup de vent derrière
Beaucoup de poissons morts noyés d’air
Sur le carrelage de la pièce en bas
Gisants dans le limon gris-bleu
De mon enfance amphibie
Je suis née sous le signe du Poisson
Le Fleuve avait des vues sur le rez-de-chaussée
De la maison familiale
De l’eau douce coule dans mes veines
Dans le vent d’Est qui mord l’hameçon
J’ai attrapé un courant d’air
Il m’est resté dans la tête, je le chantonne
Et mon cœur balance au rythme d’un tourbillon
Tous mes ancêtres paternels sont des vaseux au regard vert
J’ai hérité au bas de ligne d’un œil torve et pas commode
Et d’une allure lymphatique
Qui fait fuir le menu fretin
Sous une feuille de datura, je cache ma folie furieuse
Puis je patine à la surface telle une araignée d’eau danseuse
À la mi-louche de mon voyage, je retrouve une part de mes gènes
Des chromosomes alluvionnaires qui flottent entre Denée et Gennes
Oh mon doux Fleuve, avec des épis pleins les cheveux
Toi qui ne souffres ni fin heureuse ni morale
Je sens ton débit monstrueux dans mon artère temporale
Merci pour la perche-soleil dans l’équinoxe de ma vie !
2026.10.22

