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Café palestinien -2-

Je suis l’amour
Et toi, qui suis-tu ?
Je ne hais pas
Et toi, qui hais-tu ?

Si je veux la joie dans le monde, je ne peux transpirer le chagrin
Si je veux la paix dans le monde, je ne peux nourrir mes rancœurs
Si je veux l’amour inconditionnel, je ne peux y poser des limites

Hier amère, aujourd’hui apaisée
Je remonte la pente sur laquelle j’avais glissé
Et mon cœur danse le dabkeh
Et mon cœur danse le dabkeh

J’allume la lumière dans le tunnel sombre
Où mon espoir s’est réfugié
Sous les gravats et les scories
Je le trouve moribond, éreinté, mais vivant
Il respire doucement et difficilement
Je le prends dans mes bras et le berce en chantant

Je ne suis pas ce que j’ai
Je n’ai que ce que je suis
A donner
Alors me voici, joie, paix, amour et doutes
Pour celles et ceux qui ont fait la route, jusque chez nous
Et qui ressèment dans nos jardins
L’espérance d’un lendemain et des graines de tomates
Le café qui m’est offert
Ne gonflera plus des larmes amères
Mais des élans d’amitié, à même la tasse partagés

Je sens le printemps dans mes pieds, ils frappent le sol et la poussière
Dans l’air tournoie un beau collier qui brasse toutes les odeurs de l’air
J’ai fini de pleurer le malheur de mes frères
Je suis prête à leur offrir ma joie de vivre et de danser
Pour un sourire à leur bouche et une gorgée de leur café parfumé

2025.03.26



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Café palestinien

Je laisse le marc se déposer au fond de la tasse
Je laisse la vase recouvrir ma peine

Le café palestinien n’est pas amer
Mais il fait pleurer même un cœur de béton armé
Le goût camphré de la cardamome laboure ma gorge
Et les fleurs bleues de céramique se figent dans une grimace

Que les loups soient tranquilles
L’homme n’est qu’un humain pour l’homme
L’homme n’est qu’un humain pour l’homme

Seul capable de massacrer les morts
Seul capable de détruire un champ de ruines
Seul capable de jeter l’armée contre des enfants

Le café palestinien n’est pas amer
Mon cœur, lui, l’est
Mon cœur, lui, l’est

Le printemps arrive, où sont les oiseaux ?
Mes pieds ne dansent pas, englués dans le dépôt d’un café parfumé
Ma voix ne porte pas, écrasée sous le fracas des bombes

Le cœur de la Terre est brisé
La Méditerranée est devenue rouge
Les figuiers sont morts
La poussière ensevelit les mosaïques

Et les loups sont tranquilles
L’homme n’est qu’un humain pour l’homme
L’homme n’est qu’un humain pour l’homme

L’olive cueillie dans l’arbre
Est tellement amère que le printemps n’ose pas
Mais dans mon cœur la cardamome a ouvert l’espace de l’infini
Et je rêve de voir l’espoir dans les yeux bleus d’Al Lomani

Pour les enfants de Palestine
2025.03.24

Palestinian coffee

I let the grounds settle at the bottom of the cup
I let the mud cover my pain

Palestinian coffee is not bitter
But it makes even a heart of reinforced concrete cry
The camphoric taste of cardamom plows my throat
And the blue ceramic flowers freeze in a grimace

May the wolves rest easy
Man is only a human to man
Man is only a human to man

Only one capable of massacring the dead
Only one capable of destroying a field of ruins
Only one capable of setting the army against children

Palestinian coffee is not bitter
But my heart is
But my heart is

Spring is coming, where are the birds?
My feet don’t dance, stuck in the residue of fragrant coffee.
My voice doesn’t carry, crushed by the crash of bombs.

The heart of the Earth is broken.
The Mediterranean has turned red.
The fig trees are dead.
The dust buries the mosaics.

And the wolves are peaceful.
Man is only a human to man.
Man is only a human to man.

The olive picked from the tree.
Is so bitter that spring doesn’t dare.
But in my heart, cardamom has opened the space of infinity.
And I dream of seeing hope in Al Lomani’s blue eyes.

For the children of Palestine.
2025.03.24

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Le cerf aux bois verts

Le petit faon qui apprenait à marcher court désormais devant la harde
Il entre dans ce nouveau printemps comme en terrain déjà connu
Se tient droit, regarde sans ciller, aborde la terre par le talon
L’herbe se couche docilement sous son poids

L’hiver a été rude pourtant, dans les grandes solitudes
A l’étroit dans une peau devenue trop étroite pour ses os
Engoncé dans trop de prévenances
Embarrassé par de gênantes embrassades

Le voilà prêt, ou du moins le croit-il, pour partir dans le monde
En troubadour endimanché, il gratte le pied au sol
Trépignements et ruades, il sent l’appel du vent
Dans ses cheveux

Rien n’est inaccessible à ses yeux encore neufs de déconvenues
Rien n’est trop loin, ni trop cher, ni trop compliqué
Et comme il est sûr de son chemin
Son chemin se déroule devant lui et il n’a plus qu’à y ambuler

Quelle fougue ! Quel toupet ! Quelle outrecuidance !
Quel panache à contrarier la domestication !
Les Oracles sacrés venus d’Orient pour le rabrouer
S’inclinent finalement devant le phénomène

Ils rebroussent chemin et ramènent avec eux dans leurs lointains empires
L’histoire du jeune cerf qui défie les grands Maîtres
Et l’histoire s’empresse de devenir légende
Aux bouches et aux oreilles de l’est et du ponant

Dans l’ombre, à l’orée des villes de lumière
On peut parfois deviner, si l’on est très patient
Les silhouettes furtives de ses parents aimants
Qui veillent, et suivent de loin le daguet splendide

Ils observent en silence, taisent leurs inquiétudes
Tâchant de suivre la trace qui va s’évanouir
Vas, cher enfant, vas donc et pars devant
La harde reste en arrière, toujours si impatiente d’être retrouvée

2025.02.06
pour les 17 ans de Simon

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Dans le creux de la vague

La mélancolie l’a envouté
En grande prêtresse vaudou, elle l’a entrainé dans son obscurité
Dans les méandres des couloirs de son labyrinthe
Elle l’a attiré avec ses arguments de murène
Vers les profondeurs
Dans ses sables émouvants

Il y réside maintenant
Sous la surface du miroir
Dans l’alcôve confortable
Du creux de la vague

Il s’y tient courbé, suivant la ligne de la lame
Comme dans une caverne, un nid d’aven, un ventre de mer
Il n’y fait rien, ou rien qui vaille
Il se laisse balloter par les remous
Comme un mouton dans le troupeau

Lui qui aspirait à vivre sur la crête
Dans la lumière solaire, brillant de ses certitudes
Surfant sur l’écume de son instant de gloire
Il barbote maintenant paresseusement dans un désespoir accueillant

Il espère demeurer entre les hanches fécondes de cette mer froide
Il boit l’eau salée à même le bénitier
Jusqu’à s’en rendre saoul
Comme un enfant glouton vide le sein aimé
Il se complait longuement dans cette langueur qui le tue

La vague même éternelle pourtant ne dure qu’un temps
Toujours naissante, à jamais moribonde
Ses courbes féminines finissent par s’affaisser
Sa fougue insolente finit par s’assagir et puis se taire
Le creux de la vague implose en mousse évanescente
Pour laisser l’espace à une nouvelle manifestation d’amour

Alors il reviendra
Gonflé du flux génial d’un courant tout-puissant
Avec la vie à vivre et la mer à boire
Ecume au coin des lèvres, alluvion de spleen,
Enfant de l’émergence
Engeance de l’océan

2025.01.14

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Pour l’instant

Rien n’est jamais perdu à jamais, car rien n’a jamais été trouvé
Rien n’est plus, car rien n’a jamais été
Ni l’aube gracieuse, ni le ruisseau joyeux
Ni l’éclat du tournesol, ni la courbure de tes cils

Tout cela est mouvant, émouvant, puis se fond dans le vent
Tout cela bourgeonne, s’épanouit, puis fane inexorablement
Illusions des sens, sortilèges de l’espace et du temps
Rien qui ne perdure plus longtemps que l’instant

Alors cessons de nous agiter, le temps de l’éternité
Restons allongés dans les trèfles à quatre feuilles
Ferme les yeux, pose ta tête lourde sur mon épaule
Et sens la brise de mon souffle dans ton cou

Parlons de cœur à cœur
Comme une fleur parle à une fleur
Comme un fou parle à un fou
Accrochons-nous à cet instant précieux
La prétendue réalité est un mirage consternant
Qui trompe nos sens et notre peur du noir

Je vois en toi comme dans un miroir
Petit enfant oublié dans les allées du grand supermarché
Qui cherche le sein de sa maman comme un chaton trop tôt sevré

Pourtant tu sais que la seule vérité de cette existence
Tient dans l’immobilité qui suit le pas de danse
Dans le suspens, le clignement, l’extase fragile du renoncement
Tout le reste n’est que le rêve d’une araignée

Je caresse le lobe duveteux de ton oreille
La perfection de ton existence m’émerveille
L’instant s’étend et s’ensommeille, le temps s’étire et se détend, inexistant
Nos cœurs battants l’un puis l’autre, l’un à l’autre, l’un pour l’autre
Sont consentants, contents, ne comptant plus le temps, pour l’instant

2024.12.31