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Comète égarée

En croisant le rayon lumineux de ton regard, la trajectoire de la comète s’est modifiée
Le cheval de mon tambour a retrouvé sa liberté au contact de tes mains
Il a détalé en ruades, me laissant pantelante, couchée sur le tapis, entre deux mondes

J’ai oublié ton nom, j’ai oublié ton nom
Mais j’ai gardé ton odeur et ta voix, le goût de ta peau, l’empreinte de tes pas dans la boue, des traces de tes doigts qui traînent sur mon miroir et qui viennent égayer mon reflet
Une aube de dentelle s’est posée sur mon existence
J’esquisse quelques pas de danse, à même la Terre. Comme tu es partie, l’essence de l’air que je respire s’est appauvrie. Il y manque maintenant le sel et l’engouement.

J’ai oublié ton nom
Mais j’ai toujours la forme de la paume de ta main modelée dans la mienne. Chaque fois que j’y pense, le sang me monte au cœur et jaillit dans la joie.
Au bord du ruisseau, sous le frêne où j’ai enterré nos souvenirs, des cyclamens s’épanouissent, beauté et folie réunies, comme en toi.
Le cheval de mon tambour se repose à présent de sa course et broute l’herbe d’une clairière ou tu t’étais couchée. Il y a mille ans.
Ses naseaux frémissent à mon approche. Sa peau palpite et résonne comme sous la mailloche. Je le caresse du bout des doigts, son souffle vibre à ce contact.
Tu as dit Adieu, mais je vois bien que tu es toujours là. Tapie dans le contrejour.

Qu’importe ton nom au fond ?
Il y a l’odeur de la mousse, le craquement des cartilages, la saveur de l’ail. Tout ce qui compte reste à jamais, en interstice, en trompe l’œil, dans le bruissement des vibrisses du chat.

Tu n’as plus de nom
Tu ne l’avais jamais aimé, alors à quoi bon ?
Le cheval-tambour est fourbu, il regagne le cercle de merisier et revêt sa peau tendue.
Dans mon cœur le sang se pose.
Nous sommes à jamais liées, même si à jamais séparées.
La comète égarée cherche sa trajectoire dans la lumière de ton regard. Mais tu as fermé les yeux.

Toi qu’on ne nomme plus, tu habites le creux de mes nuits.
Merci !

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Hypolaïs

Les grands ongulés ont repris hier leur lente transhumance
Du lichen gris métal sèche sur l’écorce des bouleaux
L’œdicnème crie sur la butte, l’hypolaïs polyglotte dans le frêne
C’est l’été indien et nous dansons pieds nus sur la Terre

Du lointain nous arrivent des bribes périurbaines
Klaxons, sirènes, dérapages, hélicos et cris
Un monde devenu fou nous beugle ses hystéries
Mais sous nos pieds qui dansent la Terre reste notre mère

Et quelle Mère Courage, éternelle parturiente
Qui laisse le flot humain lui couler sur les jambes
Milliards d’êtres curieux, imbéciles ou absurdes
Cortèges consternant de canards sans tête !

Que nous sommes bien à l’aise loin de ce monde abject
Où la vie s’organise en carrés lumineux
D’où émanent des ondes qui parlent en angles droits
Alors que nous dansons sur des courbes aimantes !

Avec Maman Nature rien ne dure toujours
Même les parallèles finissent séparées
Et nous nous éloignons de ce vieux monde fou
Comme d’un vieux frère fragile qui aurait mal tourné

Dansons à même la Terre et roulons nous dessus
Tandis qu’au loin dégueulent des torrents de plastique
Et que des yeux explosent dans le réel virtuel
Il n’est jamais trop tard pour s’extraire du flux !

Il y a là la Terre et puis il y a l’eau, il y a le feu et  puis il y a le vent
Il y a là de quoi vivre en dansant
Il y a là de quoi faire grandir des enfants
C’est là le nouveau monde et nous sommes dedans 

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Epivents

Du haut des Epivents nous sont arrivés essoufflés
Des bandes de moineaux par dizaines
Ils avaient l’œil rendu fou par l’assaut de la tempête
Ils se sont posés en catastrophe
Sur des branches de troène trop graciles pour supporter leur poids
Ils se tenaient les uns contre les autres
Becs ouverts, cherchant leur souffle dans le souffle du vent
Ils ont lissé leurs plumes, secoué leurs ailes, gonflé leur corps entier
Et puis ils se sont assoupis, ainsi réunis sur les branches comme un seul être
Ils ont clos leurs yeux affolés, leurs paupières humides sur le vent sec
Les troènes ont refermé leurs feuilles sur eux, tels des poules maternantes

Du haut des Epivents, le vent a continué sa débandade cinglée,
Soulevant des nuages épais de poussière grise et sèche
de terre morte et de particules plastiques.
Il a fait claqué les bâches sales des serres, arraché des arceaux, déchiré des films, envoyé en l’air des godets, des sacs, des cagettes
Il est venu enlacer le vieux saule et des poignées de feuilles sont montées en tornade
Il a soulevé les tôles du toit de la cabane, éclaté la girouette et quelques kiwis sont tombés au sol

La pluie a commencé à  tomber
Des grosses gouttes qui sont venues s’écraser sur la terre craquelée
Après des mois de sécheresses, le bruit de ces gouttes d’eau sonnait comme une résurrection.
Comme le premier matin du monde
Et puis l’odeur
L’odeur ronde et musquée de la terre qui laisse couler la pluie toute neuve sur son bouclier de croûte
Le vent cinglé
La pluie cinglée
Contre les vitres
Gifles et claques

Dans la grande pièce, le feu de la cuisinière ronronne
Le chat ronronne devant le feu
Et le vent hurle derrière les vitres et la pluie gémit avec lui
La charpente craque et ondule doucement

Des Epivents jaillit le torrent de vie
Les éléments s’y rencontrent, se rendent compte, se contrent

Du chaos renait l’orgasme
De l’orgasme s’installe l’harmonie
L’éternel cycle des matières et des âmes toujours commencé, recommencé, et commencé encore

Du bout de l’ongle, j’enlève un poil de chat de ma tasse fumante
La nuit tombe sur les Epivents en furie
Et je suis seule au monde

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Béliers

Le petit chat est mort
Le mimosa a chanté pour lui pendant vingt-huit jours
La Lune a fait son petit tour dans le ciel, a disparu, est revenue, a disparu encore
Mars a craché toute sa folie furieuse, a déchaîné ses troupeaux de nuages enragés
A pleuré en cataracte, soupiré en tornades, battu en grêle, aimé en passion
Le vent part maintenant à l’assaut des antennes relais
Il déloge les couples de pinsons à peine installés dans des brouillons de nid
Il est une force virile qui nous entaille les poumons et nous écervelle
Des hordes de béliers fous courent en tous sens dans le ciel décousu
Ho ! Cavalier, ho ! Où donc nous mène ton attelage barbare ?
L’âme, incapable de s’arrimer à la Terre, dérive dangereusement vers des plans inconnus
Le cœur s’extasie puis se morfond, balloté entre impatience et terreur
La peau se craquèle et fissure sous l’attaque d’un air desséché
Les pieds ne savent plus où mener les jambes, où danser la vie
Les yeux se plissent face au vent, au vent, au vent
Et nous voilà ce soir
Nous sommes entrés dans le printemps par une porte dérobée qui claque derrière nous et ne nous laisse pas de retour possible
Cette fois, nous y sommes !
Pas d’alternative, pas de dérobade pour nos corps endoloris
Il n’y a plus de paix, plus de guerres, plus de bilans, plus de perspectives
Juste l’instant présent et la dureté du sol
Juste les éléments qui viennent nous cingler leur réalité, volcans et ouragans, gifles bien méritées sur nos visages d’humains grimaçants d’ingratitude
Qu’à cela ne tienne ! Nous voilà à bord de l’Arche de Noé, laissant derrière nous
tous ceux qui n’ont rien vu venir, qui n’ont rien voulu savoir
Alors dans la tempête, laissons le gouvernail tourner au gré du destin
Rien ne sert de lutter contre la grande folie
Assis sur le pont détrempé du navire, nous jouerons aux cartes jusqu’à la nuit tombée
Puis nous danserons, ivres d’une joie neuve, sous les guirlandes d’étoiles
Et au bout de la mer, nous atteindrons fourbus le commencement du monde

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Équinoxe

Nous avions bu tout notre saoul l’eau jaillissant des rochers
Ri dans le vent glacé, couru après les comètes
Plus rien dans l’hiver ne nous étonnerait encore
Ni engelure brûlante, ni crevasse du derme

En ours mal léchés, nous l’avions traversée
La longue nuit venteuse et le frimas givrant
Du fond de notre couche, pelotonnés en rond
Nous avions hiberné quelques mois de câlins

C’est l’odeur capiteuse des pruniers sauvages
En fleurs sur la colline qui nous a réveillés
Chatouillis des narines, pollens prématurés
Et puis le mimosa comme une douche froide !

Nous étions engourdis et raides comme les courges
Oubliées dans la terre du jardin comestible
Mais nos cœurs se tendaient en graines rebondies
Gonflés d’une énergie jusqu’alors inconnue

Nous pouvions ressentir le germe impétueux
D’un printemps à venir dans nos cellules vertes
Nous étions sur le point d’accoucher de nous-mêmes
Dans les lueurs croisées de Soleil et de Lune

Alors nous avons joint et croisé nos doigts froids
Formant de ces chenilles de gracieux papillons
Et dans la prière jaune des lueurs parturientes
Nous avons invité l’équinoxe à éclore