Un ange

Un ange

 

Tu marches devant elle, fier de tes certitudes
Tu maîtrises tes émois, tu soignes tes attitudes
Sale gosse insolent, buté, beau et naïf
Aux cheveux chiffonnés comme coiffés au canif
Elle est là où tu es, elle te cherche toujours
Te parle du bout des doigts tel un aveu de sourds

La beauté du diable transpire de tout ton corps
Ton regard la pénètre, aiguille d’héroïne
Quand elle ferme les yeux, elle ne voit qu’Angelo
Angelo, ta belle gueule, Angelo, ton sourire
Ses rêves les plus secrets la font toujours souffrir
Car toujours ses délires la ramènent vers toi

Angelo, splendide, devant elle, tu te tiens
Toi qui ne la vois pas, toi qui ne comprends rien
Pourquoi n’entends-tu pas quand elle crie son désir?
Elle hurle, s’exaspère, elle pleure et elle soupire
Elle enrage et trépigne devant ta bouche candide
Comme une gamine exsangue, elle pulse et tombe humide

Petit angelot, qui agite tes grelots sous son nez rouge et moite
Ne joue pas à sortir la passion de sa boite
Ne provoque pas cette femme qui se couche devant toi
Car elle ne sait que faire de ce caprice là
Elle est fidèle et sage mais n’a plus toute sa tête
Si d’aventure ta main touche sa main fluette

Car la vie est cruelle, Angelito féroce
Si l’amour est douceur, la passion n’est que crosses
Et elle ne t’aime pas, elle désire le vice
Elle désire ta jeunesse et ton corps de Narcisse
Elle ne t’aimera pas, même si elle aime y croire
Elle te chassera du nid si tu viens pour l’avoir

Épargne lui la peine, épargne lui les serments
Ne joue pas au héros avec ses sentiments
Elle connaît la chanson, la la la Angelo
Elle se fait bien du mal mais fuira le mélo
Donne lui ce qu’elle attend mais ne lui laisse pas
Une once de remords ou d’amour sur les bras

Angelo, la la la
Angelo, la la la

 

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Eros et Psyché,        Antonio CANOVA

 

 

La Révolution Numérique

La Révolution Numérique

 

Difficile de marcher sur les fils de la toile
Sans trébucher jamais ni perdre son chemin
Difficile d’aimer, ardu de s’émouvoir
A l’encontre d’un être fait de zéros et d’uns

Peut-on faire passer le sentiment féroce
Au travers le chas étroit de la souris ?
Peut-on espérer jouir d’un bonheur palpable
Au travers les fissures froides du pixel ?

Rien ne vaudra l’étreinte d’un corps contre le notre
Ni la sensation rude du cal de nos mains
Surtout pas les mots creux qu’on lit sans conviction
Et qui ne veulent bien dire que ce qu’ils nous affichent

Demain, s’il faut faire lever les travailleurs
En criant des slogans par l’écho de la fibre
Pourrons-nous faire trembler les tueurs de nos rêves
En brandissant pour arme des octets acérés ?

Pourra-t-on sur le fil d’une toile de soie
Asseoir les fondements d’une existence plus juste ?
Saura-t-on se sortir du labyrinthe virtuel
Sans y laisser mourir nos idéaux profonds ?

Allons, risquons l’espoir d’un renouveau des luttes
Dans l’immédiat des posts et l’éclair des courriels
Mais gardons sous le coude la trique et le gourdin
Car l’ennemi est vaillant et bardé de médailles
Il a l’art du discours et il mange ses chiens

 

 

La veillée

La veillée

 

Les femmes tout comme les hommes se tiennent près du feu
Agenouillées et calmes aux rayons de Vénus
Tout comme les hommes elles parlent d’un passé merveilleux
Avec des mots sonores en buvant du thé russe

Elles évoquent leur enfance puis effleurent leurs amours
En levant haut le front et en fixant des yeux
Les hommes crédules qui s’abreuvent de leur discours
S’échappent de leur regard et bousculent le feu

Les femmes se rapprochent et s’étreignent parfois
Elles se touchent les mains et se lovent l’une en l’autre
Elles aiment à se sentir unies encore une fois
Comme lorsque telle une a accouché telle autre

Si les hommes s’excusent d’être assis trop près d’elles
Les femmes rient doucement et leur caressent la tête
Leur bienveillance s’éveille au désir charnel
Qui transpire des hommes comme une sueur coquette

Si belles elles se tiennent, comme les hommes si beaux,
Elles écossent les pois dans une jarre d’argile
Ils exhibent leur arme et tous leurs oripeaux
Tandis que la vie germe dans leur ventre nubile

Et quand le feu s’éteint, tout comme les hommes elles veillent
A ce qu’aucune braise ne le ravive la nuit
Elles marchent main dans la main pour cueillir le sommeil
Jusqu’à trouver abri dans le creux de leur lit

Quand Vénus est si loin que la nuit s’obscurcit
Les femmes tout comme les hommes cherchent un autre corps chaud
Elles chassent leurs vieilles peurs, les hommes les chassent aussi
Et ainsi ils s’endorment, si semblables et si beaux

 

Sous les lauriers tins

Sous les lauriers tins

 

Ce dimanche nous courions sur le sentier sauvage
Qui mène du vieux lavoir au bord de la rivière
Le sol était jonché d’un matelas de feuilles
Jaunissantes et craquantes sous nos semelles de cuir

L’orage avait gonflé d’une eau sale et violente
La rivière effrontée qui gémissait de fougue
Une buée rose et chaude suintait de toutes parts
Écrasée par un ciel encore lourd et trapu

Ta main elle aussi brillait d’une sueur tiède
Sur laquelle ma main glissait et dérapait
Si bien que je devais m’agripper à tes doigts
Si je ne voulais pas que d’un coup elle m’échappe

Maudites soient les nues qui nous avaient chassés
Du parapet de pierre où nous étions couchés
Sous le soleil de mai enlacés en secret
A l’heure où nos parents buvaient et jouaient aux cartes

Le sol se fit boueux sous nos pas en cavale
Nous manquions chaque instant de nous trouver à terre
Tu me tirais très fort et tu filais trop vite
Je trébuchais sans cesse sur des branches lessivées

Quand enfin tu stoppas souffle court notre fuite
Tu t’es tourné vers moi l’air perdu et inquiet
Je caressais tes joues en souriant doucement
Pour faire taire en toi l’envie de repartir

Puis je t’ai attiré à genoux sur la mousse
Jusqu’à une hutte verte que formait les lauriers
Sous l’embrasure fleurie des branches les plus fortes
Le sol offrait une couche bien sèche et accueillante

Et là sous les ombelles de neige odorante
J’ai écouté ton cœur qui s’apaisait enfin
La sueur mêlée de pluie qui zébrait tes pommettes
Était comme des larmes de bonheur enfantin

 

Grace

Grace

En compagnie de Jeff, j’arpente d’autres jardins
Je déambule en diagonale sous des pergolas de jasmin
Promenade et errements, escapade, escalade de printemps
Je vais par les sentiers recouverts de feuilles mortes et de sarments
Et de serments

En compagnie de Jeff, je dévale des escaliers de mousse
Je glisse, me raccroche aux rayons d’une lune rousse
Je retombe enfin sur un lit de lierre
Je repose mes hoquets à même la terre
Et ses mystères

Jeff se tient dans les étoiles comme une vapeur de bain chaud
Il est tel un homme sirène qui sortirait parfois des flots
Nul besoin de le toucher tant l’harmonie est bien réelle
Je me contente de fredonner du bout des lèvres sa ritournelle
Son éternelle

Jeff est juste ceint d’un halo de lumière laser
Il ne porte rien que sa beauté coutumière
En expert, il m’aspire, je l’espère, il m’inspire
Moi aride et lui froid, lui humide et moi tiède, lorsque enfin je respire
Il expire

Chaque fois c’est pareil, il faut qu’il meurt juste au réveil
Il faut qu’il coule son corps nimbé dans l’argile rouge du soleil
Et je le perds et il s’engloutit par les fonds
Juste alors que je le rejoins il plonge dans le noir bouillon
Du tourbillon

Mais où est-il, là où l’on vit, où se cache-t-il après la nuit ?
Je sens sa marche souple et tranquille qui me suit
J’entends son souffle et sa voix claire qui chante encore dans ma substance
Et à sa mélodie astrale qui me déborde encore je danse
Encore je pense

Au nom de Dieu! Quelle connerie…

Au nom de Dieu ! Quelle connerie…

 

Je dois aimer mon prochain
Jusqu’à le faire mourir pour son bien

Je dois faire la paix autour de moi
Quitte à prendre les armes pour y parvenir

Je dois garder une place pour le pauvre
Même si je lui ai moi-même coupé les vivres

Je dois respecter les anciens
Surtout quand ils sont déjà morts

Je dois prier Dieu et chanter ses louanges
Quitte à percer les tympans des anges

Je dois protéger le corps des femmes de tous les regards
Car sa beauté détourne mon âme du chemin qui mène à Dieu

Je dois trouver la paix intérieure
Car partout je sème la guerre à l’extérieur

Je dois tenir bon face à la tentation de la beauté du monde
Car mes besoins naturels m’éloignent de la route de la félicité

Je dois transmettre ma foi à mes proches
Même s’il me faut la faire entrer à coups de pioche

Je dois écouter la parole de Dieu plus que celle de ma mère
Même si elle me parvient de la bouche des vipères

Je dois exploiter mon prochain par tous les moyens possibles
Car les vipères ont besoin d’argent pour servir la cause de Dieu

Je dois crever les chairs, cracher les cœurs, vomir les entrailles
De celui qui n’a pas pris le bon chemin

Depuis toujours, pour l’éternité et dans le monde entier, je dois fendre, tailler, meurtrir, occire, égorger, exécuter, supplicier, décapiter, noyer, étrangler, lapider, pourfendre, éventrer, trucider, assassiner, exploser, décimer, écraser, finir, exterminer, anéantir, rayer de la planète tout ce qui n’est pas éclairé par la lumière de Dieu. Car Dieu est Lumière, Dieu est Amour, Dieu est Paix.

Je dois pouvoir éclabousser les païens de ma propre chair
Et mourir debout, me tenir fier face à Dieu dans une flaque de sang humain
Au nom de Dieu ! Quelle connerie…

 

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Convoi Sanitaire

Convoi sanitaire

Génial !
mon génie de bacchanales
m’accorde un sursis de succion
de sucs
j’arrive butor dans mon giravion aéronef à rotor en hyper sus
tentation dans les airs
déploie mes talents avioniques ma
pratique
d’atterrissage en terrain miné je
manie magnifiquement le manche because baptême bionique
en douceur sans heurt
je mets le cap sur le décapsuleur
je me pose cool sur la goule fuselée
d’une bouteille
et
hop
pilote automate
je m’alanguis enfin la langue en entonnoir jusqu’au cul con
vexe
de la burette
j’envoie convoyer le tord-boyau dans le compartiment à fret
ce soir c’est fête je vrombis du train
en trin
quant
radars au repos
je troque mon truck ailé contre le planeur en ascensionnel
figures libres dans la station orbitale mir
ette
je m’avitaille en mousse
française
j’adore la seize