Au cœur des éléments

Louise est faite de glaise, elle s’étend telle une peau sur la planète nue
Elle se gonfle d’orgueil sous la poussée sensuelle de ses désirs secrets
Ici elle se dresse et là elle se fend, à l’ouest ocre rouge, à l’est obsidienne
Elle est mouvante et chaude, elle est sèche et gelée
Tout à la fois et tout ensemble, son ventre est le berceau et son cœur le caveau

Yvan, le fugace, soupire sous la pluie et dors sous le soleil
Son souffle anarchiste transforme les printemps en révolution
Il file sous les draps, fouille dans les forêts, flâne dans les champs
Nuages en bandoulière il quitte les volutes qui l’ont toujours vu naître
Pour surprendre en riant la jupe d’une femme sur le quai de la gare

Souleiman se coule sur la peau accueillante de la belle Louise
Il serpente sur son corps et caresse ses formes jusqu’à ce qu’elle soit humide
Alors il jaillit en mille torrents fous sur les plis de ses jambes
Amant mélancolique, si Louise le laisse pour dorer au soleil
Il arrache du ciel des sanglots qui déchire le tissu des nuages

Martha rumine en silence au tréfonds des volcans
Sa rage est créatrice mais son art est violent
Elle sculpte, elle creuse, elle grave, puis elle détruit ses œuvres
Elle se consume en secret pour l’amant qui serpente
Mais leur amour est impossible, elle rouge sang, lui si transparent

Ainsi va la vie, ainsi va le temps
Au gré des caprices des quatre éléments
Au gré de leurs amours, au gré de leurs tourments
Enfants inséparables, harmonie formidable
De la Terre sphère qui roule infiniment

 

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Au cœur des éléments
Toile de mon ami Jalo, page facebook à visiter absolument :  ici

La mouette rieuse

La mouette rieuse

A l’ombre sévère des Moaïs
La mouette blessée s’est reposée
Elle a lissé ses plumes humides
De son bec dur froid et glissant

Elle en a parcouru des nuages !
Elle en a vu des ouragans !
Dans son sillage bordé d’écume,
Sternes, albatros et cormorans

Sous son aile gauche le sang se crispe
Il coagule, si rouge sur blanc
Et de son bec pend un fil sec
Et un poisson mou transparent

Harponnée par la douleur
De l’hameçon dans son gosier
Elle ne rit plus depuis longtemps
Sans s’arracher aussi des larmes

Et les statues qui la consolent
L’entourent de leur ribambelle grise
Et tour à tour, chacune lui offre
Le calme sacré de son éclipse

Depuis toujours sur l’île chauve
Les sentinelles sourdent leur force
Aux corps vivants qui les entourent
Et qui souffrent de leurs blessures

La petite mouette est repartie
Courir les vents et les poissons
Après avoir reçu l’aumône
L’énergie pure du basalte

Ainsi mon cœur chargé de peine
Va s’abreuver à cette même source
Ribambelle grise, statues féroces
Votre œil corail me délivre

 

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La biche

La biche

Elle déchire son haut
Elle file son bas
Elle perd sa chaussure
Dans le fond du bois
Elle court en tous sens
qu’importe où elle va
Si la porte s’ouvre
alors elle ira

Elle suivait la biche
Se griffant aux ronces
Elle suivait la biche
Tenant sa réponse
Grimpe, saute et tombe !
Grimpe, saute et tombe !
Et sa chair à vif
Elle freine et elle fonce !

La forêt sait tout, elle est vérité
Et la moindre feuille ne saurait mentir
La biche est docile, se laisse toucher
Elle contient en elle et meilleur et pire
Et la fille en sueur aux gestes éparpillés
N’aura jamais plus si criant amour
Que parmi ces arbres au regard discret
Qui enfin la console, qui enfin l’ensemence,
Et jaillit de son corps la longue plainte sensuelle
Qui reconstruit le monde pour après la mort

 

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Ramon et Paloma

Ramon et Paloma Paloma et Ramon
Étendus sur la natte comme au matin du monde
Partis chacun au loin sur ses chemins secrets
Chacun dans sa cabane aux contours troubles

Il vogue sur une barque vers le large au loin
Très loin du cran d’arrêt et des brelans aux rois
Sur une barque ou même à la nage vers le large
Qu’importe mais loin du bouge où il joue sa carcasse

Elle, assise sur une terrasse carrelée
Avec le soleil qui claque sur les pierres
Elle est mélancolique et attend la marée
Qui dans son doux ressac ramènera Ramon

Ramon et Paloma, c’était couru d’avance
Pas de place dans la ville pour des amoureux
Pas de place pour la chance ni pour de belles terrasses
Dans ces rues ou le sel est jaloux de la crasse

Peut-être une autre vie dans une autre cité
Peut-être avec l’espoir on aurait pu les voir
Vivre comme les fous qui ont la chance d’y croire
Et dormir sagement chaque soir en volaille

Mais là c’est un sommeil éternel qui les tient
Même main dans la main et même avec remords
Ramon et Paloma dans le jour qui vient
Courent comme un seul homme qui court vers la mort

 

Mutin

Mutin

 

La ca-la-mi-té c’est de devoir continuer à faire semblant de s’acclimater
Sans ciller ni mâter les matons mités qui nous couvent de leur œil buté
avec leur air mâtiné de mutant.

Ces camés laminés s’imaginent matadors alors que alors que alors que
Ils sont juste en passe d’être mutés dans des unités plus calées
pour cause de manquement aux mots d’ordre de l’autorité.

Demain, c’est mutilés qu’ils reviendront nous murmurer des mots à moitié cinglés à l’oreille.
Pourtant ils ne se privent pas à ct’heure de nous latter qui au cutter, qui au costo
pour c’que ça coûte une peau d’gibier de guillotine pour ces types là enfarinés…

Mais faut lutter, mais faut lutter, mais faut lutter !
Le verre est plein à la moitié !
La Lune est un croissant beurré !
Et c’est vraiment pas d’main la veille que les mitards vont se vider

Alors, les lutineurs et les mectons, les entêtés et les tartés
Tout ceux qui ont loupé le cathé,

Montons là-haut voir les bonnetiers, les détenants de l’autorité
Car face à la meute endiablée, sûr qu’ils vont grav’ment chocotter

Le bon bourgeois dans sa cité n’aura qu’à se carapater
Car on déboule pour lui r’monter les claouis dans le gosier !

 

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L’âme d’enfant

L’âme d’enfant

A la poursuite de rêves, je consume la vie
Je m’accroche à des arbres comme à des mâts fendus
Je vogue aux Caraïbes du fond de ma bassine
Je gravis le volcan au bout de l’allumette

Mirage, espoir et folie douce
Mes rêves me tiennent en vie au bout des pinces à linge
Que j’accroche songeuse pour sécher des culottes
D’étoffes soyeuses et douces comme venues de Chine

Par chance nul besoin de dormir pour partir
A l’assaut d’utopies aussi fières qu’un Mongol
Il suffit de laisser dériver les neurones
Dans la rivière sinueuse des synapses saoulées

Kingston! Ulan Bator ! Iles de Pâques et Java !
D’un battement de cils, d’un seul coup de cœur au fond de ma poitrine,
Me voilà défiant les contrées que mille fois
J’ai dessinées rageuse au crayon sympathique

Village lacustre, mandragores et pingouins
Rien n’est trop magnifique pour mes rêves de jour
Le chat qui passe hagard au pied du gros fauteuil
Est le tigre affamé qui menace mes flancs !

Je bichonne chaque instant mon champ de fleurs candides
Je cultive le fantasme sans retourner la terre
Pour conserver intact dans son cocon diaphane
Le trésor d’enfant qui dort dans mes souvenirs

Vogue coque de noix, la tempête est passée !
L’écureuil affamé aux longues incisives
A perdu le chemin de sa petite cachette
A l’assaut d’océans où les poulpes s’étonnent,
A cheval sur la vague qui danse le pogo,
Je suis le boucanier qui hurle dans le vent !

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Cartons rouges

Cartons rouges

Nous allions de par les rues et de sur les remparts
Nous allions main dans la main, sueur dans les paumes
Accrocs, étroits, perclus d’effroi
A la vue des cartons qui jonchaient le pavé
Avec des gens dessus
Avec des gens dedans
Avec des gens dessous
La ville était prospère et sentait bon le propre
Tout dans l’air du printemps invitait à danser
Les mains l’une dans l’autre, nous marchions en cadence
Les yeux tout plein d’espoir en notre avenir rosé
Et ces gens de carton nous regardaient passer
Le regard tout tordu et les mains en suspens
Des mains comme le carton, ondulées de mille rides
Qui se tendaient dans l’air, qui fendaient notre course
Nous faisant trébucher à chaque pas de porte
Quelle belle ville pourtant ! Qu’il doit faire bon y vivre !
Qu’il doit faire bon flâner sur ces pavés brillants !
Mais les gens, mais les gens, mais les gens…
Avec tous ces cartons et dessus et dedans,
Dont les bras fendent l’air et pourtant transparents,
Nous mettant sous le nez leurs cartons rouge sang !

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