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La biche

La biche

Elle déchire son haut
Elle file son bas
Elle perd sa chaussure
Dans le fond du bois
Elle court en tous sens
qu’importe où elle va
Si la porte s’ouvre
alors elle ira

Elle suivait la biche
Se griffant aux ronces
Elle suivait la biche
Tenant sa réponse
Grimpe, saute et tombe !
Grimpe, saute et tombe !
Et sa chair à vif
Elle freine et elle fonce !

La forêt sait tout, elle est vérité
Et la moindre feuille ne saurait mentir
La biche est docile, se laisse toucher
Elle contient en elle et meilleur et pire
Et la fille en sueur aux gestes éparpillés
N’aura jamais plus si criant amour
Que parmi ces arbres au regard discret
Qui enfin la console, qui enfin l’ensemence,
Et jaillit de son corps la longue plainte sensuelle
Qui reconstruit le monde pour après la mort

 

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Ramon et Paloma

Ramon et Paloma Paloma et Ramon
Étendus sur la natte comme au matin du monde
Partis chacun au loin sur ses chemins secrets
Chacun dans sa cabane aux contours troubles

Il vogue sur une barque vers le large au loin
Très loin du cran d’arrêt et des brelans aux rois
Sur une barque ou même à la nage vers le large
Qu’importe mais loin du bouge où il joue sa carcasse

Elle, assise sur une terrasse carrelée
Avec le soleil qui claque sur les pierres
Elle est mélancolique et attend la marée
Qui dans son doux ressac ramènera Ramon

Ramon et Paloma, c’était couru d’avance
Pas de place dans la ville pour des amoureux
Pas de place pour la chance ni pour de belles terrasses
Dans ces rues ou le sel est jaloux de la crasse

Peut-être une autre vie dans une autre cité
Peut-être avec l’espoir on aurait pu les voir
Vivre comme les fous qui ont la chance d’y croire
Et dormir sagement chaque soir en volaille

Mais là c’est un sommeil éternel qui les tient
Même main dans la main et même avec remords
Ramon et Paloma dans le jour qui vient
Courent comme un seul homme qui court vers la mort

 

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Mutin

Mutin

 

La ca-la-mi-té c’est de devoir continuer à faire semblant de s’acclimater
Sans ciller ni mâter les matons mités qui nous couvent de leur œil buté
avec leur air mâtiné de mutant.

Ces camés laminés s’imaginent matadors alors que alors que alors que
Ils sont juste en passe d’être mutés dans des unités plus calées
pour cause de manquement aux mots d’ordre de l’autorité.

Demain, c’est mutilés qu’ils reviendront nous murmurer des mots à moitié cinglés à l’oreille.
Pourtant ils ne se privent pas à ct’heure de nous latter qui au cutter, qui au costo
pour c’que ça coûte une peau d’gibier de guillotine pour ces types là enfarinés…

Mais faut lutter, mais faut lutter, mais faut lutter !
Le verre est plein à la moitié !
La Lune est un croissant beurré !
Et c’est vraiment pas d’main la veille que les mitards vont se vider

Alors, les lutineurs et les mectons, les entêtés et les tartés
Tout ceux qui ont loupé le cathé,

Montons là-haut voir les bonnetiers, les détenants de l’autorité
Car face à la meute endiablée, sûr qu’ils vont grav’ment chocotter

Le bon bourgeois dans sa cité n’aura qu’à se carapater
Car on déboule pour lui r’monter les claouis dans le gosier !

 

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L’âme d’enfant

L’âme d’enfant

A la poursuite de rêves, je consume la vie
Je m’accroche à des arbres comme à des mâts fendus
Je vogue aux Caraïbes du fond de ma bassine
Je gravis le volcan au bout de l’allumette

Mirage, espoir et folie douce
Mes rêves me tiennent en vie au bout des pinces à linge
Que j’accroche songeuse pour sécher des culottes
D’étoffes soyeuses et douces comme venues de Chine

Par chance nul besoin de dormir pour partir
A l’assaut d’utopies aussi fières qu’un Mongol
Il suffit de laisser dériver les neurones
Dans la rivière sinueuse des synapses saoulées

Kingston! Ulan Bator ! Iles de Pâques et Java !
D’un battement de cils, d’un seul coup de cœur au fond de ma poitrine,
Me voilà défiant les contrées que mille fois
J’ai dessinées rageuse au crayon sympathique

Village lacustre, mandragores et pingouins
Rien n’est trop magnifique pour mes rêves de jour
Le chat qui passe hagard au pied du gros fauteuil
Est le tigre affamé qui menace mes flancs !

Je bichonne chaque instant mon champ de fleurs candides
Je cultive le fantasme sans retourner la terre
Pour conserver intact dans son cocon diaphane
Le trésor d’enfant qui dort dans mes souvenirs

Vogue coque de noix, la tempête est passée !
L’écureuil affamé aux longues incisives
A perdu le chemin de sa petite cachette
A l’assaut d’océans où les poulpes s’étonnent,
A cheval sur la vague qui danse le pogo,
Je suis le boucanier qui hurle dans le vent !

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Cartons rouges

Cartons rouges

Nous allions de par les rues et de sur les remparts
Nous allions main dans la main, sueur dans les paumes
Accrocs, étroits, perclus d’effroi
A la vue des cartons qui jonchaient le pavé
Avec des gens dessus
Avec des gens dedans
Avec des gens dessous
La ville était prospère et sentait bon le propre
Tout dans l’air du printemps invitait à danser
Les mains l’une dans l’autre, nous marchions en cadence
Les yeux tout plein d’espoir en notre avenir rosé
Et ces gens de carton nous regardaient passer
Le regard tout tordu et les mains en suspens
Des mains comme le carton, ondulées de mille rides
Qui se tendaient dans l’air, qui fendaient notre course
Nous faisant trébucher à chaque pas de porte
Quelle belle ville pourtant ! Qu’il doit faire bon y vivre !
Qu’il doit faire bon flâner sur ces pavés brillants !
Mais les gens, mais les gens, mais les gens…
Avec tous ces cartons et dessus et dedans,
Dont les bras fendent l’air et pourtant transparents,
Nous mettant sous le nez leurs cartons rouge sang !

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