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L’âme d’enfant

L’âme d’enfant

A la poursuite de rêves, je consume la vie
Je m’accroche à des arbres comme à des mâts fendus
Je vogue aux Caraïbes du fond de ma bassine
Je gravis le volcan au bout de l’allumette

Mirage, espoir et folie douce
Mes rêves me tiennent en vie au bout des pinces à linge
Que j’accroche songeuse pour sécher des culottes
D’étoffes soyeuses et douces comme venues de Chine

Par chance nul besoin de dormir pour partir
A l’assaut d’utopies aussi fières qu’un Mongol
Il suffit de laisser dériver les neurones
Dans la rivière sinueuse des synapses saoulées

Kingston! Ulan Bator ! Iles de Pâques et Java !
D’un battement de cils, d’un seul coup de cœur au fond de ma poitrine,
Me voilà défiant les contrées que mille fois
J’ai dessinées rageuse au crayon sympathique

Village lacustre, mandragores et pingouins
Rien n’est trop magnifique pour mes rêves de jour
Le chat qui passe hagard au pied du gros fauteuil
Est le tigre affamé qui menace mes flancs !

Je bichonne chaque instant mon champ de fleurs candides
Je cultive le fantasme sans retourner la terre
Pour conserver intact dans son cocon diaphane
Le trésor d’enfant qui dort dans mes souvenirs

Vogue coque de noix, la tempête est passée !
L’écureuil affamé aux longues incisives
A perdu le chemin de sa petite cachette
A l’assaut d’océans où les poulpes s’étonnent,
A cheval sur la vague qui danse le pogo,
Je suis le boucanier qui hurle dans le vent !

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Cartons rouges

Cartons rouges

Nous allions de par les rues et de sur les remparts
Nous allions main dans la main, sueur dans les paumes
Accrocs, étroits, perclus d’effroi
A la vue des cartons qui jonchaient le pavé
Avec des gens dessus
Avec des gens dedans
Avec des gens dessous
La ville était prospère et sentait bon le propre
Tout dans l’air du printemps invitait à danser
Les mains l’une dans l’autre, nous marchions en cadence
Les yeux tout plein d’espoir en notre avenir rosé
Et ces gens de carton nous regardaient passer
Le regard tout tordu et les mains en suspens
Des mains comme le carton, ondulées de mille rides
Qui se tendaient dans l’air, qui fendaient notre course
Nous faisant trébucher à chaque pas de porte
Quelle belle ville pourtant ! Qu’il doit faire bon y vivre !
Qu’il doit faire bon flâner sur ces pavés brillants !
Mais les gens, mais les gens, mais les gens…
Avec tous ces cartons et dessus et dedans,
Dont les bras fendent l’air et pourtant transparents,
Nous mettant sous le nez leurs cartons rouge sang !

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Mirage -2-

Mirage -2-

A Ulan Bator
j’ai appris le sens du mot rêver
j’ai appris à respirer à l’envers, à avaler l’air en soufflant, à l’expulser en soupirant
c’est un travail de longue haleine
qui vaut le coup
qui vaut le coup

A Ulan je vole
sans savoir où j’atterris
tout dépend de l’endroit d’où je décolle
de l’endroit où je tombe folle
C’est loin là-bas et il fait froid
Alors j’y serre mon voisin, comme avec un vieux copain
Et ça rapproche, ça abiboche

Le voyage jusque là-bas commence toujours avec le soir
Quand comme la poupée de Brassens je ferme les yeux quand je me couche
J’avance les mains devant, car je ne sais jamais ce que je trouve
A tâtons, dans le brouillard épais de la toundra mégapole
Cheval, chien, faucon, chèvre m’accompagnent
tout près, on se réchauffe

Ulan Bator, violencité, violette fanée, violée la steppe
S’y mêlent stupre et rêveries
S’y mangent câpres et vieilles bouillies
Quoi en penser, et puis qu’y faire, à part faire durer des chimères ?

Quand le Loup Bleu gueule sur la Lune
je
chausse mes guêtres en peau d’ours et je descends jusqu’au grand lac
gelé, tellement qu’on peut y patiner
Ulan Bator me voit partir et crache un long bouillon d’écume
de neige, de givre et de paillettes

Je reviendrai, cité des Khan, je reviendrai sans doute demain
ou vendredi
Jamais plus je ne pourrai vivre sans tes froids feux follets
ni tes fiers ennemis

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Mirage

Mirage

 

Ulan Bator, sortit des limbes

Extraite de l’ocre qui la nimbe

Evacuée des frasques d’une ado sédentaire

Qui attrape les nuages comme elle avale l’air

 

Ulan Bator, exil farfelu

Où se trouve-t-elle, personne ne le sait plus

Comment y diriger ses pas dans les caillasses

Comment ne pas crever avant qu’on la dépasse ?

Est-ce sa rime absurde avec l’Albator

Qui lui tisse ce manteau de diapre cousu d’or

Qui en fait un espoir, un morne sacerdoce

Et qui la porte aux nues comme dans un fier carrosse ?

 

Ulan, Ulan Bator, reine de toutes légendes

Reine de tous les loups, déesse de toute offrande

Trône avec mystère sur la plaine mongole

Sur les petits chevaux et sur les herbes folles

A l’ombre d’une perche plantée dans la terre dure

La cité crève le jour comme une flèche l’armure

 

Ulan, Ulan Bator, fol espoir d’échappée

Belle à en mourir, que je ne verrai jamais.

 

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C’est si bon pour moi

C’est si bon pour moi

 

Adieu veau, vache, cochon, couvée !
Adieu mouton, canards et emplumés !
Adieu cheval, mon ami, chat mon frère, chien mon fidèle !
Adieu Jeannot lapin, Moby Dick et Bambi !

Je vous ai déjà tous au fond de ma besace
Il faut que je vous dise qu’avec le temps qui passe
Je vous ai tant aimé que je n’ai plus d’amour
Pour vos toisons de soie et vos pattes de velours

Vous n’existez plus à mes yeux de sadique
Dès que vous franchissez les cloisons de plastique
Dès que vous pénétrez dans les hangars de tôle
Je ne veux plus pour vous ne jouer aucun rôle

Vous n’êtes plus vivants, vous n’êtes même plus bêtes
Vous êtes des protéines en-dessous d’une tête
C’est cela qui importe, vous êtes un bon apport
J’ai besoin de vos muscles pour assurer au sport

Je vais vous faire souffrir et puis vous équarrir
Je vais vous faire saigner, mourir et même pire
Je me sens invincible lorsque je vous torture
Je me sens tellement fort que je veux que ça dure

Alors j’y mets les formes, je m’applique à l’ouvrage
Dans vos yeux rendus fous je puise mon courage
Je vous brise les os, je jouis dans vos souffrances
Je suis la toute puissance de l’intelligence

Sous les films plastiques, vous n’êtes que du néant
Que des boulettes fibreuses qui se coincent dans mes dents
Vous n’êtes plus des cochons, vous n’êtes que du porc
La queue en tire-bouchon, ce n’est que du folklore

J’aime les animaux, ceux qui baissent les yeux
Et qui savent me faire croire que je règne sur eux
Je veux du steak haché, du hachis, du foie gras !
Mais gare à qui touchera à mon fox à poil ras !

 

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