Lily de mai

Lily de mai

Une clochette de muguet a fleuri sur ton ventre
Et je reste sans rien faire à la voir vaciller
Sur sa tige vert tendre si fragile et si pâle
Qu’une sieste de papillon la ferait se plier

C’est encore le printemps qui revient par chez nous
C’est encore les oiseaux qui remplissent leur nid
De jolis petits cocos que l’enfant mangera tout chaud
Avec une p’tite cuillère et des mouillettes tendres

C’est encore le printemps sur les fils à linge vides
Où ne tangueront plus tes jupettes à volant
C’est encore le printemps et pourtant c’est bizarre
Je pensais qu’il ne reviendrait plus maintenant

Dans ta chambre ce matin, j’ai essuyé l’armoire
J’ai secoué la couette, aspiré le tapis
C’est fou comme la poussière se dépose sans relâche
Dès que le silence pèse sur un lieu endormi

Tout me glisse dessus désormais comme de l’eau
Plus rien n’arrivera qui me fera trembler
J’ai là une carapace de nacre sur la peau
Sur laquelle même la pluie ne pourra s’accrocher

La petite clochette tinte dans le vent
Un petit air mignon, une berceuse pour enfant
Est-ce toi qui chantonne à travers sa corolle
Et qui veux que je dorme parmi les herbes folles ?

La clochette tremblotte et semble sous un charme
De part dessous la terre qui se gorge de mes larmes
Est-ce toi mon enfant qui danse la farandole
Et qui veux que je danse aussi, comme une folle ?

Genesis

Genesis

Le matin du premier jour, tu allumes la lumière. 6H00. Le réveil sonne.

Le matin du deuxième jour, tu regardes le ciel. Ils ont prévu de la pluie. Tu mets ton anorak.

Le matin du troisième jour, tu prends une douche, d’abord bien froide et puis bien chaude, c’est le seul moyen de te réveiller. Et tu t’essuies méthodiquement.
En passant sur le balcon, tu arroses tes pieds de tomates, tu en ramasses cinq, juste mûres.

Le matin du quatrième jour, tu as loupé le réveil. En déjeunant, tu baisses le store car tu as le soleil dans la figure. Le soir, tu rouvres le store. La Lune est pleine. Tu vois les étoiles. C’est beau !

Le matin du cinquième jour, tu donnes à manger à la chatte qui a quatre chatons. Tu écrases trois moustiques et tu manges du miel.

Le matin du sixième jour, tu vas voir Christelle. Elle est toujours là, elle ne t’oublie pas. Vous faites l’amour et elle t’annonce qu’elle est enceinte de toi. Bientôt, un enfant vous ressemblera. Tu ne sais pas trop quoi en penser. Tu te demandes ce que tu auras à lui offrir. Mais le bonheur de Christelle te rend heureux et tu oublies tout le reste.
Ensemble, vous mangez les tomates. Tu donnes un coup de pied au chat qui a pissé dans le lit, en disant, « Bon Dieu, c’est qui qui commande ici ? »

Le matin du septième jour, comme tous les jours, tu vas au boulot. Il y a bien longtemps que le dimanche tu ne te reposes plus. C’est la modernité. Le soir, tu t’assois dans le clic-clac. Tu te sers un verre de vin et tu écoutes That’s all de Genesis, un enregistrement remasterisé que tu as eu la chance de trouver sur e-bay l’autre jour. Les étoiles brillent toujours dans le ciel. Tu écoutes la musique, tu regardes le ciel, tu sirotes le vin. Tu te dis : « Nom de Dieu, ce que c’est bon  tout ça! ». Tu t’endors après le quatrième verre de vin.
Et c’est la fin de la semaine.
Demain, on rempile !

 

Genesis, « That’s all », 1983

Vague à l’ame

Vague à l’âme

Quand la journée déraille
je prends le bus au hasard jusqu’au terminus
je m’assois là et je te regarde
toi
qui rentre du boulot ou qui y va
qui pue du goulot ou de sous les bras
toi qui
dam
un monsieur une dame
l’œil surfant dans le vague
à l’âme accrochée aux doigts qui s’empoignent
entre eux
sur les barres de métal glissantes
tu fais le plancton
tu te soudes aux tubes butes titubes te rattrapes à des manches à des
hanches
à des chemises blanches
tout se joue à la Lambada à la chenille
qui redémarre qui remonte en surface qui descend
qui charrie
des Qui
comme toi profil bas d’où
rien ne transparaît qui ne transpire la
répugnance des sens à coudoyer d’autres gens en partance
dans les effluves des haleines bleues du grand large
face aux évents déployés et aux fanons féroces des employés
à bosse